Peut-on vendre un bien immobilier avant de payer les droits de succession ?

Paul Garnier
Paul Garnier
27
/
01
/
2026
7 min

Hériter d'un bien immobilier sans disposer des liquidités pour régler les droits de succession place de nombreux héritiers dans une situation délicate. A la question "Peut-on vendre un bien immobilier avant de payer les droits de succession ?", la réponse est claire : oui, vendre un bien avant de payer les droits de succession est tout à fait légal. Cette pratique, encadrée par la loi, suppose de respecter certaines formalités notariales et de connaître les alternatives en cas de blocage entre héritiers.

La réponse courte : oui, c'est légal et courant

La législation française autorise la vente d'un bien hérité pour financer le paiement des droits d'une succession immobilière. Ce mécanisme, parfois désigné « vente en l'état futur de liquidation successorale », constitue une solution pragmatique pour les héritiers dépourvus de trésorerie.

Le délai légal pour s'acquitter des droits est de 6 mois suivant le décès, porté à 12 mois si le décès survient à l'étranger. Passé ce terme, des intérêts de retard s'appliquent.

Une fois le bien immobilier vendu, la somme dégagée rendre dans l'actif successoral, dans lequel il est possible de piocher pour régler les droits de successions.

La condition essentielle : accomplir les formalités notariales préalables. Le notaire joue un rôle central en coordonnant les démarches et en initiant la vente parallèlement à l'établissement des actes successoraux.

Les 3 formalités obligatoires avant de vendre

Avant toute cession, trois documents doivent impérativement être établis. Leur obtention conditionne la validité juridique de la transaction.

L'acte de notoriété

Ce document officiel identifie les héritiers et établit leurs droits respectifs sur la succession. Rédigé par le notaire après consultation du fichier central des dispositions de dernières volontés (FCDDV), il s'obtient généralement sous 1 à 4 semaines après le décès.

L'attestation immobilière

L'attestation immobilière constate le transfert de propriété du défunt vers les héritiers. Elle doit être publiée au service de publicité foncière. Sans cette publication, les héritiers ne peuvent juridiquement disposer du bien.

La déclaration de succession

Document fiscal obligatoire, la déclaration de succession doit être déposée auprès de l'administration fiscale dans le délai de 6 mois. Point essentiel : ce dépôt peut intervenir même si les droits ne sont pas encore réglés. Le notaire peut ainsi engager la vente en parallèle, permettant d'utiliser le produit de la cession pour honorer la dette fiscale.

Le blocage fréquent : l'indivision successorale

Lorsque plusieurs héritiers se partagent un bien, celui-ci se trouve en situation d'indivision. Cette configuration représente l'obstacle le plus courant à une vente rapide.

La règle de principe impose l'unanimité des indivisaires pour procéder à la vente. En pratique, un seul héritier réticent peut bloquer l'opération. Trois solutions permettent de surmonter cette difficulté :

  • L'accord amiable : la négociation entre héritiers reste la voie privilégiée, souvent facilitée par le notaire ou un médiateur familial.
  • La vente à la majorité des 2/3 : depuis la loi n° 2009-526, les indivisaires détenant au moins deux tiers des droits peuvent décider de la vente. Les autres héritiers doivent être notifiés par huissier et disposent d'un délai pour se positionner.
  • Le recours judiciaire : l'article 815 du Code civil permet de saisir le tribunal judiciaire. Le juge peut ordonner la vente si celle-ci répond à l'intérêt commun des indivisaires, notamment pour éviter une dégradation du bien ou régler des dettes successorales.

La médiation familiale mérite d'être envisagée avant tout contentieux : elle préserve les relations et accélère généralement le dénouement.

4 alternatives si vous manquez de liquidités

Au-delà de la vente, plusieurs mécanismes permettent de financer les droits de succession sans céder le bien familial.

Le paiement fractionné ou différé

Cette option administrative reste méconnue alors qu'elle offre une flexibilité précieuse. Sur demande écrite adressée à l'administration fiscale, les héritiers peuvent obtenir :

  • un paiement fractionné : étalement des droits sur une période de 1 à 3 ans, avec versements réguliers ;
  • un paiement différé : report du règlement jusqu'à la vente effective du bien ou jusqu'à un événement déterminé (partage, donation).

L'administration exige des garanties : hypothèque sur le bien hérité, caution bancaire ou nantissement. Des intérêts s'appliquent sur les sommes différées, au taux légal en vigueur.

Le prêt hypothécaire

Le prêt hypothécaire permet d'emprunter en mettant le bien hérité en garantie. Les établissements financiers accordent généralement jusqu'à 80% de la valeur estimée du bien, sur des durées pouvant atteindre 30 ans. Cette solution convient particulièrement aux héritiers souhaitant conserver un bien familial à forte valeur affective.

La vente à réméré

La vente à réméré consiste à céder temporairement le bien tout en conservant une option de rachat. Le vendeur perçoit environ 70% de la valeur du bien et dispose de 5 ans maximum pour le racheter (article 1660 du Code civil).

Inconvénient : l'héritier perd la jouissance du bien et verse une indemnité d'occupation de 5% à 12% par an. Cette solution s'adresse aux situations où la conservation du patrimoine prime sur l'optimisation financière.

Le prêt personnel ou rachat de crédit

Pour des montants de droits modérés, un prêt personnel peut suffire. Le recours à un courtier permet de comparer les offres et d'optimiser les conditions de financement. Cette option se combine parfois avec un rachat de crédits existants pour alléger la charge mensuelle globale.

SolutionMontant accessibleDuréeConservation du bienContrainte principale
Paiement différé100% des droits1-3 ansOuiGaranties exigées
Prêt hypothécaireJusqu'à 80%Jusqu'à 30 ansOuiCapacité d'endettement
Vente à réméréEnviron 70%5 ans maxNon (rachat possible)Indemnité d'occupation
Vente définitive100%ImmédiatNonPerte du bien

Les risques à connaître avant de vendre

Vendre un bien hérité pour régler les droits de succession comporte plusieurs risques qu'il convient d'anticiper.

Le risque fiscal survient lorsque le prix de vente excède significativement la valeur déclarée dans la succession. L'écart peut être requalifié en plus-value imposable, générant une charge fiscale supplémentaire.

Les intérêts de retard s'appliquent automatiquement dès que le délai de 6 mois est dépassé, même si la vente est en cours de finalisation. Le taux, révisé annuellement, majore sensiblement le coût final de la succession.

Le risque de sous-évaluation expose les héritiers à un redressement. L'administration fiscale peut contester la valeur déclarée et réclamer un complément de droits, assorti de pénalités.

Recommandation : faire estimer le bien par un professionnel indépendant (expert immobilier, notaire) et conserver les justificatifs. L'accompagnement par un notaire ou un avocat fiscaliste sécurise l'ensemble du processus.

Ce qu'il faut retenir

Vendre un bien immobilier pour payer les droits de succession est une démarche légale, encadrée et fréquente. Elle suppose de réunir trois documents préalables : l'acte de notoriété, l'attestation immobilière et la déclaration de succession.

En situation d'indivision, l'unanimité demeure la règle, mais la loi prévoit des mécanismes de déblocage : vente à la majorité des deux tiers ou recours judiciaire.

Plusieurs alternatives permettent d'éviter la vente : paiement fractionné ou différé auprès de l'administration fiscale, prêt hypothécaire ou vente à réméré. Chaque option présente des avantages et contraintes spécifiques selon la situation patrimoniale et les objectifs des héritiers.

Consulter un notaire dès l'ouverture de la succession permet de coordonner efficacement les formalités et d'identifier la solution la plus adaptée à chaque configuration familiale.

{{COMPONENT_CTA}}

FAQ

Quel est le délai légal pour payer les droits de succession ?

Le délai pour payer les droits de succession est fixé à 6 mois suivant le décès en France métropolitaine. Ce délai est porté à 12 mois lorsque le décès survient à l'étranger. Au-delà, des intérêts de retard sont automatiquement appliqués sur les sommes dues.

Peut-on vendre un bien en indivision sans l'accord de tous les héritiers ?

La vente d'un bien en indivision sans l'accord unanime est possible dans deux cas : soit avec l'accord des indivisaires représentant au moins deux tiers des droits (loi n° 2009-526), soit sur décision du tribunal judiciaire saisi par l'un des héritiers si l'intérêt commun le justifie.

Comment demander un paiement fractionné des droits de succession ?

La demande de paiement fractionné des droits de succession s'effectue par courrier adressé à l'administration fiscale. Elle doit être accompagnée de garanties (hypothèque, caution bancaire). Le fractionnement permet un étalement sur 1 à 3 ans, moyennant des intérêts au taux légal.

Quelle est la différence entre un prêt hypothécaire et une vente à réméré ?

Le prêt hypothécaire permet de conserver la pleine propriété du bien tout en empruntant jusqu'à 80% de sa valeur, remboursable sur 30 ans maximum. La vente à réméré implique une cession temporaire avec option de rachat sous 5 ans, mais entraîne la perte de jouissance du bien et le paiement d'une indemnité d'occupation.

Que se passe-t-il si le délai de 6 mois est dépassé pour payer les droits ?

Le dépassement du délai de 6 mois entraîne l'application automatique d'intérêts de retard sur les droits dus. La vente du bien reste possible après ce délai, mais le coût fiscal global de la succession augmente proportionnellement à la durée du retard.

Faites-vous accompagner dans la vente de votre bien immobilier et dans l'investissement des profits générés

Auguste Patrimoine vous accompagne de la première à la dernière étape, de l’ébauche de votre projet à sa finalisation.

Être rappelé par un expert
Paul Garnier
Paul Garnier
Partager cet article
blog

Restez informé des prochaines actualités

Toute l’actualité patrimoniale dans votre boite mail, une fois par mois : recevez des articles détaillés sur les stratégies de gestion patrimoniale adaptées à votre profil, des conseils pratiques pour optimiser la fiscalité en exploitant au mieux les niches fiscales et les dispositifs légaux, ainsi que les dernières évolutions réglementaires. Bénéficiez également des derniers investissements populaires ainsi que des préconisations d'allocation.

Merci ! Votre demande a bien été reçue.
Oops! Something went wrong while submitting the form.
un stylo sur une feuille de papier

Rappel immédiat, e-mail, visio ou rendez-vous

Je souhaite:

Rappel immédiat, e-mail, visio ou rendez-vous

Précédent
Nous vous remercions ! Votre demande a bien été reçue !
Oops! Something went wrong while submitting the form.
Un bilan patrimonial offert
Prendre
rendez-vous