Transfert d'assurance vie : cadre légal, fiscalité et stratégies en 2026

Frais élevés, catalogue d'unités de compte limité, rendement en baisse : les raisons de vouloir changer de contrat d'assurance vie sont nombreuses. Mais un transfert mal exécuté peut déclencher l'imposition des gains et faire perdre des années d'antériorité fiscale. Quelles sont les conditions pour transférer sans perdre ses avantages ? Quand privilégier le rachat ou la multi-détention ? Et que se passe-t-il après 70 ans ?

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Le transfert d'assurance vie est un mécanisme encadré qui permet de changer de contrat tout en conservant son antériorité fiscale, à condition de rester chez le même assureur. En 2022, 331 000 contrats ont été transférés pour un montant total de 13.5 milliards d'euros, selon France Assureurs. Pourtant, la confusion entre transfert et rachat reste fréquente, et elle peut coûter cher : un rachat mal anticipé déclenche l'imposition des gains et fait perdre le bénéfice des abattements liés à l'ancienneté du contrat.

Un rachat en assurance-vie désigne l'opération par laquelle le souscripteur récupère l'épargne constituée sur son contrat. On parle de rachat total lorsque l'intégralité des fonds est retirée (ce qui clôture le contrat) et de rachat partiel lorsque seule une portion est prélevée, le contrat continuant alors à fonctionner.

Deux textes structurent le dispositif : l'amendement Fourgous (2005) et la loi Pacte (2019). Leur articulation détermine ce qui est possible, ce qui ne l'est pas, et les conditions à respecter pour préserver ses avantages fiscaux. Pour les épargnants qui souhaitent aussi réorienter d'autres enveloppes vers une assurance vie, les règles diffèrent sensiblement selon le produit d'origine.

Ce que dit la loi : de l'amendement Fourgous à la loi Pacte

L'amendement Fourgous de 2005 : le transfert sous conditions

Adopté en 2005, l'amendement Fourgous a ouvert pour la première fois la possibilité de transférer un contrat d'assurance vie monosupport (investi à 100% en fonds euro) vers un contrat multisupport au sein du même assureur. L'opération est qualifiée de « transformation » et non de rachat, ce qui signifie que la date d'ouverture initiale du contrat est conservée.

La contrepartie est stricte : le souscripteur doit investir au moins 20% du capital en unités de compte (UC) sur le nouveau contrat. Par ailleurs, le dispositif ne couvre pas les transformations de contrat multisupport vers un autre multisupport, ni le changement d'assureur. Si le contrat d'origine est déjà multisupport, l'amendement Fourgous ne s'applique pas.

La loi Pacte de 2019 : élargissement et simplification

La loi Pacte (plan d'action pour la croissance et la transformation des entreprises) a considérablement assoupli le cadre du transfert. Depuis 2019, les possibilités sont élargies :

  • Suppression de l'obligation des 20% en UC : la répartition entre fonds euro et unités de compte est libre
  • Transfert de tout type de contrat : multisupport vers multisupport inclus, ce que Fourgous ne permettait pas
  • Pas de frais de rachat : la loi interdit de facturer des frais liés au rachat dans le cadre d'un transfert interne
  • Changement de distributeur possible : un contrat assuré par Generali peut passer d'un courtier à un autre, tant que l'assureur reste le même

Le transfert reste encadré par l'article 125-0 A, I, 2° du CGI, qui fonde juridiquement la transformation sans perte d'antériorité. L'assureur est par ailleurs tenu d'informer chaque année le souscripteur des possibilités de transformation disponibles, via le relevé d'information annuel (article L. 132-22 du Code des assurances). En revanche, la contrainte fondamentale demeure : le transfert ne peut s'effectuer qu'auprès du même assureur.

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Transfert interne, rachat ou multi-détention : quelle stratégie choisir ?

Le transfert interne : changer de contrat sans perdre l'antériorité

Le transfert interne consiste à transformer son contrat existant en un nouveau contrat, proposé par le même assureur. L'antériorité fiscale est intégralement conservée : un contrat ouvert il y a 12 ans conserve ses 12 années d'ancienneté après transfert, et les abattements liés au seuil de 8 ans restent acquis.

Le délai de traitement varie de 10 à 30 jours. La clause bénéficiaire doit être vérifiée et reconduite sur le nouveau contrat. Limite importante : l'assureur n'a aucune obligation légale d'accepter la demande de transfert.

Le rachat suivi d'une réouverture : quand c'est la seule option

Lorsque l'objectif est de changer d'assureur (et pas seulement de distributeur), le transfert interne est impossible. La seule option est le rachat total suivi de l'ouverture d'un nouveau contrat ailleurs. Cette opération a des conséquences fiscales directes :

  • Avant 8 ans : les gains sont soumis au PFU de 30% (12.8% d'IR + 17.2% de prélèvements sociaux)
  • Après 8 ans : taux réduit de 7.5% d'IR + 17.2% de PS, après abattement annuel de 4 600 € (personne seule) ou 9 200 € (couple)

L'antériorité est perdue : le compteur repart à zéro sur le nouveau contrat. Cette stratégie ne se justifie que si les gains sont faibles ou si les frais de gestion de l'ancien contrat sont tellement élevés qu'ils érodent la performance sur le long terme.

La multi-détention : conserver l'ancien et ouvrir un nouveau contrat

Une troisième voie, souvent sous-estimée, consiste à conserver l'ancien contrat sans y faire de nouveaux versements et à ouvrir un contrat plus performant en parallèle. L'ancienneté et la clause bénéficiaire de l'ancien contrat restent intactes, tandis que les nouveaux versements bénéficient d'un catalogue d'UC élargi et de frais de gestion réduits.

Les limites sont pratiques : multiplication des contrats, suivi administratif plus lourd et capital « bloqué » sur l'ancien contrat (sauf rachats partiels). Pour un contrat de plus de 8 ans avec des gains significatifs, la multi-détention est souvent la stratégie la plus rationnelle. Elle évite toute friction fiscale, ne dépend d'aucun délai et ne peut pas être refusée.

Critère Transfert interne Rachat-réouverture Multi-détention
Antériorité fiscale Conservée Perdue Conservée (ancien contrat)
Imposition des gains Aucune PFU 30% ou taux réduit après 8 ans Aucune
Changement d'assureur Non Oui Oui (nouveau contrat)
Délai 10 à 30 jours Variable (rachat + souscription) Immédiat
Frais Transformation éventuels Frais nouveau contrat Frais nouveau contrat
Risque de refus Oui (assureur libre) Non Non

Fiscalité du transfert d'assurance vie : ce qui change avant et après 8 ans

Transfert interne : une opération fiscalement neutre

Le transfert interne ne constitue pas un fait générateur d'imposition. Aucun rachat n'ayant lieu, les gains ne sont soumis ni à l'impôt sur le revenu ni aux prélèvements sociaux. Les abattements liés au seuil de 8 ans restent acquis. En 2026, l'assurance vie reste exclue de la hausse de CSG : les PS demeurent à 17.2%, contrairement aux placements financiers classiques passés à 18.6%.

Rachat avant 8 ans : le coût du PFU à 30%

En cas de rachat (total ou partiel) avant le huitième anniversaire du contrat, les gains sont soumis au PFU de 30% (12.8% d'impôt sur le revenu + 17.2% de prélèvements sociaux). L'option pour le barème progressif de l'IR reste possible si la tranche marginale d'imposition est inférieure à 12.8%.

Pour les versements effectués avant le 27 septembre 2017, l'ancien régime du prélèvement forfaitaire libératoire (PFL) s'applique : 35% pour les contrats de moins de 4 ans, 15% entre 4 et 8 ans. Les deux régimes coexistent sur un même contrat si des versements ont été effectués de part et d'autre de cette date pivot.

Rachat après 8 ans : abattements et taux réduit

Au-delà de 8 ans, un abattement annuel s'applique sur les gains retirés : 4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune. Au-delà de cet abattement, le taux dépend du montant total des primes versées (tous contrats confondus) :

  • Primes inférieures à 150 000 € : taux réduit de 7.5% d'IR + 17.2% de PS
  • Primes supérieures à 150 000 € : 12.8% d'IR + 17.2% de PS

La stratégie des rachats partiels étalés sur plusieurs années permet de rester sous l'abattement et de limiter l'imposition des gains.

Transfert d'assurance vie après 70 ans : l'enjeu successoral

Deux régimes fiscaux selon l'âge au versement des primes

La fiscalité successorale de l'assurance vie repose sur une distinction fondamentale liée à l'âge du souscripteur au moment du versement des primes :

  • Article 990 I du CGI (primes versées avant 70 ans) : chaque bénéficiaire dispose d'un abattement de 152 500 € sur les capitaux transmis, hors droits de succession classiques
  • Article 757 B du CGI (primes versées après 70 ans) : l'abattement est global et limité à 30 500 € (tous bénéficiaires et tous contrats confondus), mais les intérêts générés sont exonérés

Le transfert interne ne modifie pas l'affectation des primes : les sommes versées avant 70 ans restent soumises à l'article 990 I, celles versées après 70 ans à l'article 757 B. Aucune requalification n'intervient lors de la transformation du contrat. Pour évaluer l'impact global sur la transmission, il est utile de calculer les droits de succession en intégrant les différentes enveloppes.

Faut-il transférer son contrat après 70 ans ?

Le transfert interne après 70 ans est possible et fiscalement neutre : la transformation du contrat ne génère aucun rachat et ne réaffecte pas les primes. En revanche, un rachat suivi d'une réouverture produit un effet radical : la totalité des nouvelles primes versées sur le nouveau contrat tombe sous l'article 757 B, avec un abattement de 30 500 € seulement.

Prenons un contrat de 200 000 € ouvert à 65 ans, dont 150 000 € de primes versées avant 70 ans et 50 000 € après :

  • Transfert interne à 72 ans : les 150 000 € restent sous art. 990 I (abattement 152 500 € par bénéficiaire). Les 50 000 € restent sous art. 757 B
  • Rachat-réouverture à 72 ans : la totalité du reversement (200 000 €, gains déduits de l'imposition) relève de l'art. 757 B. L'abattement global chute à 30 500 €

Après 70 ans, le transfert interne est donc quasi impératif pour préserver la répartition entre les deux régimes. La loi de finances 2026 prévoit par ailleurs un dispositif temporaire de transmission anticipée défiscalisée, distinct du transfert, réservé aux souscripteurs de 70 ans et plus sous conditions spécifiques.

Transférer un PER, un PEA ou un compte-titres vers une assurance vie

Transfert d'un PER vers une assurance vie

Il n'existe pas de mécanisme de transfert direct entre un plan épargne retraite (PER) et une assurance vie. Ce sont deux enveloppes juridiquement distinctes, régies par des règles de blocage et de fiscalité différentes.

Pour réorienter l'épargne d'un PER vers une assurance vie, il faut procéder au déblocage anticipé du PER (acquisition de la résidence principale, invalidité, surendettement, cessation d'activité non salariée) ou attendre la sortie à la retraite. La fiscalité dépend de la modalité de sortie et du régime de déduction choisi à l'entrée.

À noter : un dispositif permettait de transférer une assurance vie vers un PER avec un avantage fiscal, mais il a expiré au 31 décembre 2022. En 2026, les versements volontaires sur un PER ne sont plus déductibles pour les titulaires de 70 ans et plus (loi de finances 2026).

Transfert d'un PEA vers une assurance vie

Le plan épargne actions (PEA) ne peut pas être transféré directement vers une assurance vie. L'opération suppose un retrait (partiel après 5 ans, ou total) suivi d'un versement sur le contrat d'assurance vie. Après 5 ans de détention, seuls les prélèvements sociaux (18.6% depuis le 1er janvier 2026) s'appliquent sur les gains ; l'IR est exonéré.

La perte du PEA (et de son plafond de 150 000 €) doit être mise en balance avec l'accès à un univers d'investissement plus large en assurance vie : fonds euro, SCPI, private equity.

Transfert d'un compte-titres vers une assurance vie

Le compte-titres ordinaire (CTO) ne dispose d'aucun mécanisme de transfert vers une assurance vie. La réallocation passe par la vente des titres, qui constitue un fait générateur d'imposition : les plus-values réalisées sont soumises au PFU de 31.4% en 2026 (12.8% d'IR + 18.6% de PS).

L'avantage à long terme réside dans la capitalisation sans frottement fiscal et la transmission hors succession propres à l'enveloppe assurance vie. Le portefeuille peut être reconstitué via les unités de compte (ETF, titres vifs sur certains contrats).

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Frais, délais et pièges à éviter lors d'un transfert d'assurance vie

Les frais à anticiper

Le transfert interne au sens de la loi Pacte ne génère pas de frais de rachat. Certains assureurs appliquent toutefois des frais de transformation, qui peuvent atteindre 1% du montant transféré selon les conditions générales du contrat. Ces frais ne sont pas encadrés par la loi.

Sur le nouveau contrat, les postes de coût à comparer sont les frais sur versement (souvent nuls sur les contrats en ligne), les frais de gestion annuels (0.5% à 1% sur les UC) et les frais d'arbitrage. Le transfert n'a de sens que si le gain en performance nette compense les frais éventuels, y compris ceux du contrat de capitalisation si cette alternative est envisagée.

Délais et points de vigilance

Le délai de traitement varie de 2 à 6 semaines. Pendant cette période, le capital est « en transit » : aucun arbitrage ni rachat partiel n'est possible. Plusieurs points de vigilance méritent attention :

  • Clause bénéficiaire : vérifier qu'elle est reconduite à l'identique sur le nouveau contrat. Un défaut de reconduction peut modifier la transmission
  • Relevé d'information annuel : l'assureur est tenu de mentionner les possibilités de transformation (article L. 132-22 du Code des assurances)
  • Droit de refus : l'assureur peut refuser le transfert sans motiver sa décision. En cas de refus, la saisine du médiateur de l'assurance est possible, mais aucun recours contraignant n'existe
  • Confusion transfert / rachat : sur le formulaire, demander explicitement une « transformation » et non un « rachat ». L'erreur est irréversible et déclenche l'imposition des gains

Pour les épargnants détenant un contrat auprès d'un assureur luxembourgeois, les règles de transfert obéissent au droit du Grand-Duché. Le mécanisme de transformation loi Pacte ne s'applique qu'aux contrats de droit français ; un transfert vers une assurance vie luxembourgeoise suppose un rachat-réouverture.

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Peut-on transférer une assurance vie dans une autre banque ?

Le transfert d'une assurance vie dans une autre banque est possible à condition que le même assureur gère les deux contrats. La loi Pacte permet de changer de distributeur (banque, courtier en ligne) sans changer d'assureur. En revanche, si la nouvelle banque distribue des contrats d'un assureur différent, l'opération suppose un rachat suivi d'une nouvelle souscription, avec perte d'antériorité fiscale.

Quels sont les frais d'un transfert d'assurance vie ?

Les frais d'un transfert d'assurance vie varient selon le type d'opération. Le transfert interne (loi Pacte) n'entraîne aucun frais de rachat, mais des frais de transformation peuvent s'appliquer (jusqu'à 1% du montant transféré). Les frais du nouveau contrat (gestion UC, versement, arbitrage) sont à comparer systématiquement avec ceux de l'ancien.

L'assureur peut-il refuser un transfert d'assurance vie ?

L'assureur peut refuser un transfert d'assurance vie sans obligation de motiver sa décision. Aucun texte n'impose l'acceptation de la demande de transformation. En cas de refus, le souscripteur peut saisir le médiateur de l'assurance, mais cette démarche n'a pas de caractère contraignant. L'alternative est la multi-détention : conserver l'ancien contrat et ouvrir un nouveau contrat plus performant.

Quelle est la différence entre transfert et rachat d'assurance vie ?

La différence entre transfert et rachat d'assurance vie porte sur trois points essentiels. Le transfert s'effectue chez le même assureur, conserve l'antériorité fiscale et ne déclenche aucune imposition. Le rachat implique la clôture du contrat, l'imposition des gains (PFU 30% ou taux réduit après 8 ans) et la perte de l'ancienneté. Le compteur fiscal repart à zéro sur le nouveau contrat.

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