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Comprendre la retraite par répartition : définition et défis

Vous cotisez chaque mois pour votre retraite, mais savez-vous vraiment où va cet argent ? En France, vos cotisations ne sont pas mises de côté : elles financent directement les pensions des retraités actuels. C'est le principe de la retraite par répartition, un système fondé sur la solidarité entre générations. Mais avec le vieillissement de la population et un ratio actifs/retraités en chute libre, ce modèle est-il encore viable ? Décryptage complet d'un mécanisme au cœur du débat social français.

Résumé de la page

L'essentiel

La retraite par répartition fonctionne selon un principe simple : les actifs d'aujourd'hui paient les pensions des retraités d'aujourd'hui. Pas d'épargne individuelle, pas de capitalisation. En échange, vos futures pensions seront financées par les générations suivantes.

Les chiffres clés :
  • Taux de cotisation retraite de base : 15.45% du salaire brut (plafonné)
  • Durée pour le taux plein : 172 trimestres (43 ans) pour les nés à partir de 1965
  • Âge légal de départ : 64 ans depuis la réforme 2023
  • Ratio actifs/retraités : 2.6 en 2024, prévu à 1.76 en 2070

Qu'est-ce que la retraite par répartition ?

Définition et principe fondateur

La retraite par répartition désigne un système dans lequel les cotisations versées par les actifs financent directement les pensions des retraités actuels. Contrairement à l'épargne individuelle, il n'existe pas de capitalisation : chaque euro cotisé est immédiatement redistribué.

Ce mécanisme repose sur un principe fondateur, la solidarité intergénérationnelle, inscrit dans le pacte social français depuis les ordonnances de 1945 créant la Sécurité sociale. L'affiliation à ce système est obligatoire pour toute personne exerçant une activité professionnelle en France.

Un équilibre financier sous tension

L'équilibre financier du dispositif dépend d'un paramètre démographique essentiel : le rapport entre le nombre de cotisants et celui des bénéficiaires. Or, le vieillissement de la population française exerce une pression croissante sur ce ratio.

Selon le rapport annuel du Conseil d'orientation des retraites (COR) de juin 2025, le système affichait un déficit de 1.7 milliard d'euros en 2024, après un excédent de 3.8 milliards en 2023. Le déficit devrait atteindre environ 5 milliards d'euros en 2025.

Comment fonctionne la retraite par répartition ?

Le circuit des cotisations aux pensions

Le mécanisme repose sur un flux continu entre cotisants et bénéficiaires. Les actifs (salariés du secteur privé, fonctionnaires, travailleurs indépendants) versent chaque mois des cotisations obligatoires prélevées sur leurs revenus professionnels. Ces sommes ne sont pas épargnées : elles alimentent immédiatement le versement des pensions aux retraités.

Les taux de cotisation en vigueur

Pour un salarié du privé, au 1er janvier 2025, le taux de cotisation retraite de base s'élève à 15.45% sur la part du salaire inférieure au plafond de la Sécurité sociale (4 005 € mensuels), réparti entre :

  • Part salariale : 6.90%
  • Part patronale : 8.55%

S'y ajoutent les cotisations de retraite complémentaire Agirc-Arrco :

  • Tranche 1 (jusqu'au plafond SS) : 7.87%
  • Tranche 2 (de 1 à 8 plafonds SS) : 21.59%

Les droits acquis : trimestres et durée de cotisation

Chaque cotisation versée génère des droits pour le futur retraité. Dans le régime de base, ces droits prennent la forme de trimestres validés. La pension future dépend de deux variables principales :

  • La durée totale de cotisation
  • Le niveau des revenus d'activité

Pour bénéficier d'une pension à taux plein sans décote, les assurés nés à partir de 1965 doivent justifier de 172 trimestres de cotisation (soit 43 ans), conformément à la réforme de 2023.

La dimension redistributive du système

Le système intègre une dimension de solidarité. Certaines périodes non travaillées ouvrent droit à des trimestres :

  • Chômage indemnisé
  • Congé maternité
  • Maladie longue durée
  • Service militaire

Ces mécanismes distinguent la répartition d'une pure logique contributive.

Les acteurs et organismes gestionnaires

Plusieurs organismes pilotent le système de retraite français.

Pour les régimes de base :

  • La CNAV (Caisse nationale d'assurance vieillesse) gère les salariés du secteur privé
  • La CNAVPL gère les professions libérales
  • Les régimes spéciaux (SNCF, RATP, industries électriques et gazières)

Pour les régimes complémentaires :

Pour le pilotage stratégique :

  • L'État
  • Le Conseil d'orientation des retraites (COR), organisme indépendant chargé d'établir les projections financières et démographiques

Répartition ou capitalisation : quelles différences ?

Le système français repose quasi exclusivement sur la répartition, mais la distinction avec la capitalisation reste fondamentale pour comprendre les enjeux des débats actuels.

Le modèle de la répartition

En répartition, les cotisations actuelles financent les pensions actuelles. Le risque est mutualisé entre générations : si la démographie se dégrade, l'ensemble des actifs supporte l'effort. La garantie est collective, assurée par l'État.

Le modèle de la capitalisation

Dans le modèle de la retraite par capitalisation, chaque assuré épargne pour sa propre retraite via des placements financiers. Les sommes accumulées génèrent des intérêts, puis une rente au moment du départ. Le risque est individuel : il dépend de la performance des marchés financiers.

CritèreRépartitionCapitalisation
Principesolidarité entre générationsépargne individuelle
Risque principaldémographique (ratio actifs/retraités)financier (marchés)
Garantiecollective (État)individuelle
ExemplesFrance (base), AllemagneChili, fonds de pension américains

Un système français en réalité mixte

Le modèle français est en réalité mixte. La base obligatoire fonctionne en répartition, mais des dispositifs de capitalisation volontaire existent : le plan épargne retraite (PER), créé en 2019, permet de constituer une épargne complémentaire avec avantages fiscaux.

Les défis du système : démographie et équilibre financier

Le ratio actifs/retraités en baisse rapide

L'équilibre de la répartition suppose un nombre suffisant de cotisants pour financer les pensions versées. Or, deux phénomènes démographiques convergent :

  • L'allongement de l'espérance de vie
  • La baisse de la natalité

Évolution du ratio démographique :

  • 2009 : 3.6 personnes de 20-64 ans pour 1 personne de +65 ans
  • 2024 : 2.6 (ratio actuel)
  • 2070 : 1.76 (projection COR)

Évolution du nombre de retraités :

  • 2023 : 17 millions de retraités
  • 2070 : 21.6 millions (projection)
  • Population active : stabilisation autour de 30 millions

Les trois leviers d'ajustement

Face à ce déséquilibre structurel, trois variables paramétriques permettent de rétablir l'équilibre :

1. L'âge légal de départ

La réforme de 2023 l'a porté à 64 ans (contre 62 auparavant), avec une montée en charge progressive.

2. La durée de cotisation

Elle a été allongée à 172 trimestres (43 annuités) pour les générations nées à partir de 1965.

3. Le niveau des pensions et le taux de cotisation

La pension moyenne représentait environ 54% du revenu d'activité moyen en 2024. Les projections du COR anticipent un taux de remplacement de 45% en 2070, soit une baisse significative du pouvoir d'achat relatif des retraités. Augmenter le taux de cotisation des actifs pourrait permettre de subvenir aux besoins de plus de retraités, mais cela entraine une charge salariale plus élevée, portée par les actifs et les entreprises.

Cette évolution résulte notamment de la désindexation des pensions par rapport aux salaires, instaurée depuis 1993.

Historique et réformes du système français

Les origines (1889-1945)

Le système actuel est le fruit d'une construction progressive :

  • 1889 : l'Allemagne de Bismarck crée le premier régime obligatoire de retraite
  • 1910 : la France suit avec les retraites ouvrières et paysannes (dispositif facultatif et limité)
  • 1941 : instauration de l'allocation aux vieux travailleurs salariés (AVTS), prémices de la répartition sous le régime de Vichy, sous l'impulsion de René Belin

La naissance du système moderne (1945-1946)

La véritable naissance du système intervient avec les ordonnances des 4 et 19 octobre 1945, portées par Pierre Laroque sous le gouvernement provisoire du général de Gaulle. La mise en œuvre effective débute en 1946 sous l'impulsion d'Ambroise Croizat, ministre du Travail.

Le principe de répartition devient alors le socle du modèle social français.

Les grandes réformes (1993-2023)

Les réformes successives ont ajusté les paramètres pour maintenir l'équilibre :

RéformeAnnéeMesures principales
Balladur1993Durée de cotisation allongée, calcul sur 25 meilleures années (au lieu de 10)
Fillon2003Poursuite de l'allongement de la durée de cotisation
Touraine2014Durée portée à 43 annuités à horizon 2035
Borne2023Âge légal à 64 ans, 43 annuités dès la génération 1965

Ce qu'il faut retenir :

  • Le dispositif est obligatoire et piloté conjointement par l'État, les partenaires sociaux et les caisses de retraite (CNAV, Agirc-Arrco)
  • L'équilibre financier dépend du ratio cotisants/bénéficiaires, aujourd'hui fragilisé par le vieillissement démographique
  • Les réformes ajustent trois leviers : âge de départ, durée de cotisation, niveau des pensions
  • La capitalisation (PER) peut compléter le dispositif de base sans s'y substituer

Face aux défis démographiques, bien préparer sa retraite devient essentiel : connaître ses droits acquis, simuler sa pension future, envisager des compléments d'épargne adaptés à sa situation patrimoniale.

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FAQ

Qui finance la retraite par répartition en France ?

Le financement de la retraite par répartition repose sur les cotisations des actifs en emploi. Salariés, fonctionnaires et travailleurs indépendants versent des cotisations obligatoires prélevées sur leurs revenus professionnels. Ces sommes sont immédiatement redistribuées aux retraités actuels, sans constitution d'épargne individuelle.

La retraite par répartition est-elle obligatoire ?

L'affiliation à la retraite par répartition est obligatoire en France. Toute personne exerçant une activité professionnelle déclarée doit cotiser à un régime de base et, le cas échéant, à un régime complémentaire. Cette obligation s'applique aux salariés du privé, aux fonctionnaires et aux travailleurs indépendants.

Quelle est la différence entre répartition et capitalisation pour la retraite ?

La différence entre répartition et capitalisation tient au circuit de financement. En répartition, les cotisations actuelles paient les pensions actuelles (solidarité intergénérationnelle). En capitalisation, l'assuré épargne pour lui-même via des placements financiers. Le risque est démographique dans le premier cas, financier dans le second.

Quel impact a eu la réforme des retraites 2023 sur la répartition ?

L'impact de la réforme des retraites 2023 porte principalement sur deux points : l'âge légal de départ : relevé à 64 ans (contre 62 auparavant)et la durée de cotisation : 172 trimestres (43 annuités) pour les générations nées à partir de 1965

Ces ajustements visent à rééquilibrer le système face au vieillissement démographique.

Comment compléter sa retraite par répartition ?

Compléter sa retraite par répartition est possible via des produits d'épargne fonctionnant en capitalisation comme le plan épargne retraite (PER), créé en 2019, permet de constituer un capital ou une rente complémentaire avec avantages fiscaux à l'entrée et l'assurance-vie ainsi quel'immobilier locatif constituent d'autres options patrimoniales

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