
À l'approche du dépôt de dossier d'introduction en bourse de SpaceX, dont la valorisation visée dépasse 1 750 milliards de dollars, les valeurs spatiales européennes ont connu une revalorisation marquée. Sur la semaine du 21 mai 2026, Eutelsat a pris 26% et OHB +33%, dans le sillage d'un re-rating sectoriel global.
Cet engouement met fin à une année 2025 qualifiée de « morose » par les analystes, marquée par les craintes liées à la surcapacité en orbite basse. Comme le résume Jan Frederik Slijkerman (ING) : « le discours a changé » à l'égard des opérateurs satellitaires européens.
Ce panorama recense les principales actions et ETF UCITS donnant une exposition au spatial depuis l'Europe, fin mai 2026.
Ce qu'il faut retenir
- L'écart d'échelle entre la valorisation visée par SpaceX (1 750 Md$) et celle des satellitaires européens (1.5 Md€ pour Eutelsat) rappelle qu'une prime de cotation américaine ne se transpose pas mécaniquement.
- Le rebond hebdomadaire est événementiel : distinguer la thèse long terme (IRIS², consolidation Airbus-Thales-Leonardo, montée en charge OneWeb) du trade post-IPO, par nature volatil.
- L'ETF UCITS offre un véhicule plus diversifié qu'un single stock, au prix d'une exposition pure-play diluée et d'une éligibilité PEA à vérifier.
- Les opérateurs cotés restent tributaires de leur capacité d'exécution et du calendrier IRIS² : tout retard de déploiement pèsera sur les multiples.
Les prochains jalons (cotation SpaceX prévue mi-juin 2026 sous le symbole SPCX, résultats annuels Eutelsat et SES en juillet 2026, premières phases d'IRIS²) détermineront la durabilité du re-rating.
Opérateurs de satellites européens : Eutelsat, SES et OHB en première ligne
Les trois opérateurs cotés purement satellitaires concentrent l'essentiel de la réaction boursière. Leur exposition au thème spatial est directe, leur sensibilité au narrative IPO maximale, mais leurs fondamentaux divergent sensiblement.
Eutelsat-OneWeb, l'opérateur GEO-LEO intégré
Issu du rapprochement Eutelsat-OneWeb en 2023, le groupe est le premier opérateur intégré GEO-LEO européen, avec 35 satellites géostationnaires et environ 650 satellites en orbite basse. Le 21 mai 2026, l'action progressait de +16% en séance et de +26% sur la semaine.
La capitalisation, autour de 1.5 milliard d'euros début 2026, demeure sans commune mesure avec la valorisation visée par SpaceX, soit un écart d'échelle de l'ordre de 1 000 fois. Au troisième trimestre 2025-26, le chiffre d'affaires a atteint 293 millions d'euros (+3.1% comparable), porté par une connectivité +15.3% dont la composante LEO en croissance de +65%.
Après une augmentation de capital de 1.5 milliard d'euros finalisée fin 2025, la dette nette s'établissait à 1.3 milliard d'euros au 31 décembre 2025 (levier 2x EBITDA), le groupe projetant un levier de 2.7x à la clôture de l'exercice (30 juin 2026). Un refinancement de 5 milliards d'euros a été bouclé au premier trimestre 2026.
SES et l'effet d'intégration Intelsat
L'opérateur luxembourgeois SES affichait un cours de 9.51 € au 21 mai 2026, en progression de +2.3% en séance, soit une réaction nettement plus modérée que celle d'Eutelsat. Le chiffre d'affaires du premier trimestre ressortait +80% en année glissante, à recontextualiser au regard de l'intégration d'Intelsat. SES est par ailleurs membre du consortium SpaceRISE déployant IRIS², ce qui lui confère une visibilité contractuelle sur la décennie.
OHB SE, constructeur allemand sous-couvert
Le constructeur de satellites allemand OHB SE progressait de +11.1% à Francfort le 21 mai 2026, et de +33% sur la semaine. Profil small cap (capitalisation inférieure à 1 milliard d'euros), il est présent sur Galileo, Copernicus et IRIS². Contrepartie de ce positionnement : liquidité réduite et forte dépendance à la commande publique.
Industriels aéronautiques et de défense diversifiés
Une seconde catégorie regroupe les grands industriels cotés dont l'activité spatiale est minoritaire mais structurante. Leur sensibilité directe à l'IPO SpaceX est faible, leur exposition stratégique réelle.
Airbus, Thales et la fusion satellitaire en cours
Chez Airbus, l'activité satellites représente une part mineure du chiffre d'affaires. Le titre reculait de -1.3% le 21 mai 2026, illustrant cette faible corrélation à l'événement. Thales Alenia Space, joint-venture 67% Thales / 33% Leonardo, constitue l'autre pôle satellitaire européen majeur.
L'annonce d'octobre 2025 d'une fusion satellitaire Airbus-Thales-Leonardo vise à créer un champion européen face à SpaceX et aux constellations chinoises. Les modalités capitalistiques restent à confirmer, mais l'intention industrielle dessine une consolidation accélérée.
Safran, exposition indirecte via ArianeGroup
Safran présente une exposition spatiale indirecte, via sa participation de 50% dans ArianeGroup (50% Airbus), entité non cotée. Le groupe fournit notamment les moteurs Vulcain et Vinci d'Ariane 6.
La valorisation du titre reste portée par l'aéronautique civile et la défense, le spatial pesant marginalement. Safran est présent dans la plupart des ETF aéronautique et défense européens détaillés plus bas.
Avio, le pure-player européen des lanceurs
Sur le segment lanceurs, Avio est le principal pure-player européen coté. L'industriel italien est listé sur la Borsa Italiana depuis avril 2017, profil small cap.
Le sommet de Séville (novembre 2023) a acté la désintermédiation d'Arianespace sur Vega-C : Avio devient l'opérateur commercial du lanceur à compter de fin 2025. Le retour en vol de Vega-C est intervenu le 5 décembre 2024 (mission Sentinel-1C / Copernicus). Une nouvelle génération, Vega-E, est en développement avec un étage cryogénique visant à surpasser la performance du modèle actuel.
À titre de comparaison transatlantique, le pure-player américain Rocket Lab (Nasdaq) affichait +77% depuis le début de l'année au 21 mai 2026, illustrant l'ampleur du re-rating sectoriel global. Le titre reste hors PEA et soumis à un risque de change.
ETF UCITS : exposition diversifiée au secteur aéronautique et défense
Pour éviter le risque idiosyncrasique d'un single stock, les ETF UCITS aéronautique et défense constituent une alternative. Aucun ETF européen n'est purement « spatial » : le segment est intégré dans des thématiques défense ou aerospace & defense plus larges.
Les ETF européens cotés en zone UCITS
Trois véhicules concentrent l'essentiel des actifs sous gestion européens sur la thématique :
L'Amundi STOXX Europe Defense (DEFS) réplique l'indice STOXX Europe Total Market Defense Capped, avec un TER de 0.35% et une exposition purement européenne. Le VanEck Defense (DFNS) offre une diversification mondiale au TER de 0.55%.
Avantages et limites de l'approche ETF
Les ETF aéronautique et défense apportent une diversification immédiate, des frais bas et une transparence quotidienne. Trois limites doivent être notées :
- dilution du pure-play spatial : le segment satellites y est généralement minoritaire, ces indices étant dominés par la défense terrestre, aéronautique et navale ;
- éligibilité PEA non systématique pour les ETF UCITS à exposition mondiale, à vérifier selon la structure de réplication ;
- exclusions ISR de certains contrats d'assurance-vie sur la défense.
IRIS², le catalyseur structurel européen à 10.6 milliards d'euros
Au-delà de l'événement SpaceX, le secteur bénéficie d'un catalyseur propre : la constellation IRIS² (Infrastructure for Resilience, Interconnectivity and Security by Satellite), soit environ 290 satellites répartis sur trois orbites (18 MEO, 264 LEO haut, 10 LEO bas).
Le contrat de concession a été signé à Bruxelles le 16 décembre 2024 entre la Commission européenne et le consortium SpaceRISE (SES, Eutelsat, Hispasat) appuyé par huit sous-traitants. Budget total : 10.6 milliards d'euros, dont 6.5 Md€ publics (ESA pour 550 M€) et plus de 4 Md€ industrie.
Le calendrier comporte une phase design 2025-2028, un déploiement 2029-2030, puis une exploitation 2030-2037. Les bénéficiaires cotés identifiés sont SES, Eutelsat, Airbus, Thales (via Thales Alenia), OHB et Avio sur le volet lanceurs. L'impact P&L reste étalé sur la décennie : pas de revalorisation immédiate, mais une visibilité contractuelle sécurisée pour les principaux acteurs.
Les risques sectoriels à anticiper
Le rebond hebdomadaire de mai 2026 ne dispense pas d'une lecture rigoureuse des risques. Le secteur cumule des vulnérabilités opérationnelles et des fragilités financières propres.
Risques opérationnels et concurrentiels
Le marché de la connectivité satellitaire entre en surcapacité progressive en orbite basse. Starlink revendiquait ~10 millions d'abonnés fin mars 2026, Amazon Kuiper déploie sa constellation, et les projets chinois Guowang et Qianfan visent plusieurs milliers de satellites.
Trois conséquences :
- pression sur les prix de la bande passante et compression des marges opérateurs ;
- dépendance aux contrats publics (ESA, Commission, défense), exposant le secteur aux arbitrages budgétaires ;
- risque technologique récurrent : Vega-C cloué au sol de 2022 à 2024, Ariane 6 livrée avec plusieurs années de retard.
Risques financiers et de marché
Bien que la dette nette d'Eutelsat ait été ramenée à 1.3 Md€ au 31 décembre 2025 grâce à l'augmentation de capital, l'opération a été dilutive pour l'actionnaire existant. Les small caps OHB et Avio présentent une liquidité réduite et une volatilité supérieure aux blue chips diversifiées.
La hausse de +26 à +33% en une semaine sur Eutelsat et OHB reflète un re-rating événementiel, non une révision durable des fondamentaux. Une normalisation est techniquement probable une fois la cotation SpaceX effective.
Questions fréquentes sur les valeurs spatiales européennes
Quelles sont les principales valeurs spatiales européennes cotées en bourse ?
Les principales valeurs spatiales européennes cotées en bourse se répartissent en trois familles. Les opérateurs satellites : Eutelsat (Euronext Paris), SES (Euronext Paris-Luxembourg) et OHB SE (Francfort). Les industriels aéronautiques et de défense : Airbus, Thales, Safran, Leonardo. Sur les lanceurs, Avio (Borsa Italiana) figure comme principal pure-player coté.
L'introduction en bourse de SpaceX va-t-elle profiter durablement aux satellitaires européens ?
L'introduction en bourse de SpaceX a profité ponctuellement aux satellitaires européens, avec +26 à +33% sur Eutelsat et OHB sur la semaine du 21 mai 2026. La pérennité dépendra des fondamentaux propres : exécution OneWeb chez Eutelsat, intégration Intelsat chez SES, calendrier IRIS² pour OHB. Le rebond événementiel ne suffit pas à constituer une thèse long terme.
Quels ETF permettent une exposition au secteur aéronautique et défense depuis l'Europe ?
Les principaux ETF UCITS exposés au secteur aéronautique et défense depuis l'Europe sont l'Amundi STOXX Europe Defense (DEFS) TER 0.35%, le VanEck Defense (DFNS) TER 0.55% et l'iShares Global Aerospace & Defence. Le pure-play spatial y reste minoritaire au sein des indices. L'éligibilité PEA n'est pas systématique.
Peut-on investir en valeurs spatiales européennes via un PEA ?
Investir en valeurs spatiales européennes via un PEA est possible pour les actions cotées sur Euronext et marchés réglementés de l'UE : Eutelsat, SES, OHB, Airbus, Thales, Safran, Leonardo, Avio sont a priori éligibles. Pour les ETF aéro-défense, l'éligibilité dépend de la structure et doit être vérifiée au cas par cas.
Qu'est-ce qu'IRIS² et pourquoi est-il un catalyseur pour le secteur ?
IRIS² est la constellation satellitaire souveraine de l'UE, soit environ 290 satellites. Le contrat a été signé en décembre 2024 avec le consortium SpaceRISE (SES, Eutelsat, Hispasat). Budget total 10.6 Md€ dont 6.5 Md€ publics. Le programme sécurise une visibilité contractuelle pluriannuelle pour les principaux acteurs cotés sur l'horizon 2025-2037.
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