Revaloriser toutes les pensions au rythme des prix en 2027, ou conserver l'avantage fiscal dont bénéficient les retraités : le gouvernement affirme ne pas pouvoir financer les deux. La suppression de l'abattement fiscal de 10% sur les retraites redevient donc une hypothèse sérieuse, moins d'un an après l'abandon d'une première réforme.
L'enjeu est direct pour tout retraité imposable. L'abattement de 10% sur les pensions réduit chaque année le revenu imposable du foyer, dans la limite d'un plafond de plusieurs milliers d'euros. Sa disparition alourdirait l'impôt, mais aussi le revenu fiscal de référence, qui commande d'autres prélèvements. Voici où en est l'arbitrage, et ce que chaque option coûterait.
Budget 2027 : l'abattement ou la revalorisation des pensions
L'annonce ne porte pas sur une réforme technique de l'impôt. Elle lie, pour la première fois, deux mécanismes jusque-là distincts : la revalorisation annuelle des pensions et l'avantage fiscal des retraités.
L'annonce du 11 septembre 2026
Invité de Sud Radio le vendredi 11 septembre 2026, le ministre de l'Action et des Comptes publics, David Amiel, a chiffré le problème. Indexer l'ensemble des retraites sur l'inflation coûterait plus de 6 milliards d'euros en 2027. Or, selon ses termes, l'État n'a « pas le premier euro » de cette somme.
Son entourage a ensuite confirmé l'objectif au Monde : réaliser 6 milliards d'euros d'économies sur les pensions de base en 2027. Le choix entre les options devait alors revenir à Matignon.
Deux scénarios à trancher
Le ministre a décrit deux options non cumulatives :
- Indexer toutes les pensions sur l'inflation, en finançant cette hausse par la suppression totale de l'abattement de 10%.
- N'indexer qu'une partie des retraites, par exemple les plus petites pensions, et baisser très fortement l'abattement, calibré « à l'euro près » sur le coût de cette indexation partielle.
Maintenir à la fois la revalorisation intégrale et l'abattement ferait, selon lui, « exploser le déficit ».
« Il faudra choisir entre les deux, il ne peut pas y avoir de demi-mesure. » David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics, le 11 septembre 2026.
Le Parlement tranchera d'ici la fin de l'année
Le 18 septembre 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu a finalement renvoyé l'arbitrage au Parlement. Il a toutefois posé plusieurs bornes :
- un effort total des retraités inférieur à 6 milliards d'euros ;
- aucune baisse du montant des pensions versées ;
- la protection des petites retraites, un gel restant possible pour les pensions les plus élevées ;
- le refus d'une « année blanche » totale.
Les deux leviers relèvent de textes distincts. La revalorisation passe par le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS), l'abattement par le projet de loi de finances (PLF). Le PLF 2027 doit être présenté en Conseil des ministres le 30 septembre 2026, puis déposé à l'Assemblée nationale au plus tard le 6 octobre. Or le gouvernement ne dispose pas d'une majorité absolue, à quelques mois de l'élection présidentielle.
Le calendrier d'application reste lui aussi ouvert. Une loi de finances votée en fin d'année peut en effet viser les revenus de l'année écoulée. Dès lors, une suppression adoptée fin 2026 pourrait peser dès les revenus 2026 déclarés au printemps 2027, ou seulement sur les revenus 2027. Seul le texte voté le précisera.
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Comment fonctionne l'abattement de 10% des pensions ?
Plancher, plafond et foyer fiscal
Créé en 1978, l'abattement compense forfaitairement des frais professionnels que les retraités n'ont plus, sur le modèle de la déduction de 10% des salariés. L'administration l'applique automatiquement sur le montant déclaré, sans démarche.
Pour les revenus 2025, il ne peut être inférieur à 454 € par pensionné, ni dépasser un plafond de 4 439 € par foyer fiscal. Ce plafond est donc atteint dès 44 390 € de pensions pour l'ensemble du foyer. Au-delà, le gain fiscal n'augmente plus. Les nouveaux retraités en bénéficient dès leur première déclaration de pensions.
Les pensions concernées
L'abattement s'applique aux :
- pensions de retraite de base et complémentaires ;
- pensions de réversion ;
- pensions d'invalidité imposables ;
- rentes viagères à titre gratuit, dont certaines rentes d'épargne retraite.
En revanche, l'allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) et les rentes d'accident du travail, exonérées, n'y ouvrent pas droit. De même, les rentes viagères à titre onéreux relèvent d'un régime distinct.
Un levier sur le revenu fiscal de référence
L'abattement ne réduit pas seulement l'impôt. Il diminue aussi le revenu fiscal de référence (RFR), qui sert de clé d'accès à de nombreux dispositifs. C'est notamment le RFR qui détermine le taux de contribution sociale généralisée (CSG) prélevé sur les pensions, ainsi que certaines exonérations de taxe foncière et l'accès à la complémentaire santé solidaire.
Du forfait de 2 000 € au budget 2027 : un sujet récurrent
La remise en cause n'est pas nouvelle. L'article 6 du PLF 2026 prévoyait déjà de remplacer l'abattement proportionnel par un forfait de 2 000 € par retraité. Ce forfait aurait favorisé les petites pensions et pénalisé les pensions supérieures à 20 000 € par an.
Le 13 novembre 2025, l'Assemblée nationale a supprimé cet article par 213 voix contre 17. Ainsi, la loi de finances pour 2026, promulguée le 19 février 2026, a maintenu l'abattement en l'état. La différence, en 2027, tient à la méthode : le gouvernement ne propose plus une refonte, mais un arbitrage direct avec la revalorisation des pensions.
Combien coûterait la suppression selon votre pension ?
Le surcoût se calcule simplement : abattement perdu multiplié par le taux marginal d'imposition (TMI) du foyer. Ce calcul reste une approximation, car le quotient familial et la décote peuvent le modifier.
Suppression totale : le surcoût selon le taux marginal
Le tableau ci-dessous applique ce calcul aux montants de pensions du foyer, avec le plafond en vigueur pour les revenus 2025.
Le surcoût croît donc avec la pension, puis se fige au plafond. Un foyer imposé à 41% perdrait au maximum environ 1 820 € par an. À l'inverse, les foyers non imposables ne paieraient pas d'impôt supplémentaire, sauf si la hausse de revenu imposable les fait basculer dans l'impôt.
Au plafond, la suppression totale de l'abattement représenterait 1 332 € d'impôt en plus chaque année pour un foyer imposé à 30%.
Des effets de seuil au-delà de l'impôt
La perte de l'abattement gonflerait mécaniquement le RFR de 10% des pensions. Or le taux de CSG sur les pensions varie par paliers selon ce RFR : 0%, 3.8%, 6.6% ou 8.3%. Un foyer proche d'un seuil pourrait donc changer de palier, et subir une hausse de prélèvements sociaux en plus de l'impôt.
Cet effet serait toutefois différé. Le taux de CSG repose sur le RFR de l'avant-dernière année. De plus, une règle de lissage ne relève le taux que si le seuil est franchi deux années de suite.
Par ailleurs, le franchissement d'un seuil de RFR peut faire perdre une exonération locale ou une aide sous conditions de ressources. Pour un foyer modeste, cet effet indirect pèse parfois davantage que la hausse d'impôt elle-même.
Désindexation : une perte qui touche aussi les non-imposables
Le second scénario n'a pas le même impact. Une pension revalorisée en deçà de l'inflation perd du pouvoir d'achat, que le foyer soit imposable ou non. Chaque point d'inflation non compensé retire 1% de la pension, soit 250 € par an pour une pension de 25 000 €. Surtout, la perte se cumule : elle s'applique à une base réduite les années suivantes, là où la suppression de l'abattement reste plafonnée.
La préférence dépend donc du profil. Pour une pension modeste non imposable, la désindexation coûterait davantage, mais le Premier ministre s'est engagé à protéger les petites retraites. En revanche, pour une pension élevée imposée à 30% ou plus, la suppression de l'abattement pèse plus lourd, du moins à court terme. Le niveau exact de la revalorisation des pensions retenu pour 2027 permettra d'affiner cette comparaison.
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Anticiper la hausse d'impôt : les leviers patrimoniaux
Aucun levier ne neutralise entièrement la perte de l'abattement. Plusieurs permettent néanmoins d'en limiter l'effet sur l'impôt et sur le RFR.
Piloter les revenus qui s'ajoutent à la pension
Les revenus complémentaires s'additionnent aux pensions et subissent le même taux marginal. L'assurance vie offre ici une marge de manœuvre. Après huit ans, les gains rachetés bénéficient d'un abattement annuel de l'assurance vie de 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple. Étaler les rachats sur plusieurs années permet ainsi d'utiliser cet abattement chaque année.
De même, l'option globale pour le barème doit être réexaminée. Si la hausse du revenu imposable fait passer le foyer dans une tranche supérieure, le prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 12.8% redevient souvent plus favorable pour les revenus du capital.
Rente ou capital : l'épargne retraite en question
La rente d'un plan d'épargne retraite (PER), lorsqu'elle provient de versements déduits, est imposée comme une pension. Elle bénéficie donc de l'abattement de 10%, et perdrait cet avantage en cas de suppression. À l'inverse, le capital issu des mêmes versements est imposé sans abattement : sa fiscalité ne changerait pas.
Dès lors, l'arbitrage entre sortie en rente et sortie en capital fractionné mérite d'être refait. Le capital permet de choisir l'année d'imposition, et donc de lisser la pression fiscale. Plus largement, la composition des compléments de revenus à la retraite gagne à être revue à l'aune de ce nouveau risque.
Les réductions et crédits d'impôt qui restent
L'abattement devait couvrir des frais que les retraités continuent souvent d'engager. Plusieurs dispositifs restent mobilisables :
- le crédit d'impôt de 50% pour l'emploi d'un salarié à domicile (ménage, jardinage, aide à la personne) ;
- la réduction d'impôt de 75% sur les dons aux organismes d'aide aux personnes en difficulté, dont le plafond a été doublé à 2 000 € par la loi de finances pour 2026 ;
- la réduction d'impôt pour dons aux autres organismes d'intérêt général.
L'examen parlementaire de l'automne dira quelle option l'emporte, et dans quelle proportion. Il fixera aussi, point décisif, les revenus sur lesquels la mesure s'appliquerait. C'est à cette aune qu'il faudra préparer sa retraite et réviser sa stratégie de revenus.
Questions fréquentes sur l'abattement de 10% des retraités
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