L'assurance vie est une enveloppe fiscale, pas un placement. Ainsi, elle ne produit aucun rendement par elle-même : elle héberge des supports qui, eux, en produisent. Dès lors, trois paramètres fixent le curseur : l'horizon, la tolérance au risque et l'objectif. Tout le reste relève du pilotage, c'est-à-dire de l'arbitrage, du rééquilibrage et de la sécurisation.
L'arbitrage entre fonds en euros et unités de compte oriente le rendement d'un contrat. Le premier a servi 2.63% en 2025, le second expose au risque de perte en capital en contrepartie d'un rendement potentiel bien plus élevé. La répartition de l'assurance vie entre ces deux familles de supports fixe donc, à elle seule, le couple rendement / risque de l'épargne placée. Alors comment choisir son allocation ?
Ce qu'il faut retenir
- Le fonds en euros a servi 2.63% en 2025 selon l'ACPR, soit 2.18% net des prélèvements sociaux de 17.2%, un gain réel proche de zéro face à l'inflation.
- Sur une unité de compte, l'assureur garantit le nombre de parts, jamais leur valeur : depuis 2021, ces supports affichent 4.9% par an en moyenne.
- Quatre allocations types servent de repère (en rapport fonds euros / UC) : prudent 80/20, équilibré 50/50, dynamique 25/75, offensif 10/90, du moins de 5 ans à plus de 20 ans d'horizon.
- Un arbitrage entre supports du même contrat ne déclenche aucune imposition et préserve l'antériorité fiscale.
- 1% de frais de gestion annuels coûte 46 218 € sur vingt ans pour 100 000 € placés à 5%.
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Fonds en euros et unités de compte : les deux moteurs du contrat
Le fonds en euros : capital garanti et effet cliquet
Le fonds en euros repose sur une garantie donnée par l'assureur : le capital versé ne peut pas baisser. Les obligations représentent environ 60% des placements des assureurs vie, ce qui explique à la fois sa stabilité et son rendement modeste. L'effet cliquet verrouille chaque année les intérêts crédités : une fois acquis, ils ne peuvent plus être repris.
Le rendement moyen suit la trajectoire des taux obligataires : 1.3% en 2021, 1.9% en 2022, puis 2.6% de 2023 à 2025. L'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) relève un taux de revalorisation moyen de 2.63% en 2025, identique à 2024, net de chargements et avant prélèvements sociaux.
Ce chiffre est brut d'impôt. Or, les prélèvements sociaux de 17.2% frappent les intérêts du fonds en euros chaque année, à la source. Le rendement net revient donc à 2.18%. Dès que l'inflation approche 2%, le gain réel devient marginal. C'est cet écart, et non la promesse des marchés, qui justifie de diversifier.
Les unités de compte : le nombre de parts est garanti, pas la valeur
Sur une unité de compte (UC), seul le nombre d'unités est garanti par l'assureur, pas leur valeur. La perte en capital est donc possible, et elle est supportée intégralement par le souscripteur. En contrepartie, l'éventail de supports accessibles est large :
- actions et fonds actions, en direct ou via des organismes de placement collectif ;
- obligations d'entreprises et dette privée ;
- fonds indiciels cotés (ETF) ;
- parts de société civile de placement immobilier (SCPI) ;
- fonds de private equity, ou capital-investissement.
Le rendement réellement servi appelle toutefois de la prudence. Depuis 2021, les supports en unités de compte affichent un rendement annuel moyen net de 4.9% selon France Assureurs (hors frais de contrat). Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Le fonds euro-croissance, la troisième voie
Le fonds euro-croissance garantit le capital à condition de le détenir au moins huit ans. La garantie porte selon les contrats sur la totalité du capital ou sur une fraction, 80% au minimum. Avant ce terme, en revanche, la valeur fluctue comme celle d'une unité de compte. Ce support trouve donc sa place sur un projet daté à moyen-long terme, entre la sécurité immédiate du fonds en euros et l'exposition pleine des marchés.
Pourquoi l'allocation pèse plus que le choix du contrat ?
Deux souscripteurs du même contrat bénéficient de la même fiscalité, des mêmes options de gestion et des mêmes frais affichés. Ils n'obtiennent pourtant pas la même performance, puisque l'enveloppe ne choisit pas les supports à leur place.
Par exemple, 100 000 € placés quinze ans à 2.5% deviennent 144 830 €. Les mêmes 100 000 € à 4.5% deviennent 193 528 €, soit 48 698 € de plus. Hypothèses : rendements constants, hors frais propres au contrat et hors fiscalité au rachat.
Chercher 0.2% de rendement supplémentaire sur le fonds en euros pèse bien moins lourd que décider si l'on place 0%, 30% ou 60% du capital en unités de compte.
Les trois critères qui déterminent la répartition
L'horizon de placement
L'horizon se découpe en trois bornes : court terme en dessous de 3 ans, moyen terme de 3 à 10 ans, long terme au-delà de 10 ans. La règle qui en découle est simple : plus l'horizon est lointain, plus la part d'unités de compte peut être élevée, parce que la durée amortit la volatilité et laisse le temps aux marchés de se reprendre. C'est une tendance historique, pas une promesse.
Une précision s'impose : l'horizon n'est pas l'âge. C'est la date à laquelle l'argent sera réellement nécessaire. Un épargnant de 70 ans dont le contrat est destiné à la transmission dispose d'un horizon long. Un épargnant de 35 ans qui financera un apport immobilier dans deux ans dispose d'un horizon court.
La tolérance au risque, mesurée objectivement
Chaque support porte un indicateur synthétique de risque (SRI), noté de 1 à 7 sur le document d'information clé. Un profil d'investisseur prudent se construit avec des supports notés 1 à 3, un profil dynamique avec des supports notés 5 à 7. L'échelle étant réglementaire, elle reste comparable d'un assureur à l'autre.
Un questionnaire de profilage reste théorique. Une question l'est beaucoup moins : quelle baisse de votre contrat êtes-vous capable de constater sans arbitrer ? 5%, 15%, 30% ? C'est cette réponse, éprouvée sur le montant réel du contrat, qui fixe la part d'unités de compte supportable.
L'objectif patrimonial
À horizon identique, l'objectif modifie la répartition. Cinq cas de figure reviennent le plus souvent :
- constituer un capital sans échéance précise ;
- préparer la retraite, avec une échéance connue à l'avance ;
- générer des revenus complémentaires réguliers ;
- financer un projet daté, apport immobilier ou études des enfants ;
- transmettre un capital aux bénéficiaires désignés.
Une poche destinée à la transmission, alimentée par des versements avant 70 ans et non consommée du vivant du souscripteur, peut rester dynamique très longtemps. Une poche « apport immobilier dans trois ans » ne le peut pas, quel que soit l'âge de son titulaire.
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Quatre allocations types selon le profil
Parmi les repères courants : 60% de fonds en euros, 40% d'unités de compte actions. Sur la durée, cette combinaison vise 4 à 5% par an, sur des hypothèses de 2% pour le fonds en euros et de 8% pour la poche actions, avec un recul de l'ordre de 20% en cas de krach boursier. C'est un point de départ à ajuster, pas une prescription.
Trois situations concrètes
- 35 ans, retraite dans trente ans. L'horizon absorbe plusieurs cycles de marché. Une allocation 20% fonds en euros / 80% unités de compte, à forte composante actions et ETF, se défend. Les versements programmés mensuels permettent de lisser les points d'entrée.
- 45 ans, retraite dans vingt ans. Le 50/50 offre un compromis lisible. La poche d'unités de compte gagne à être diversifiée entre fonds indiciels, fonds mixtes et SCPI. Un rééquilibrage progressif vers la sécurité s'engage à cinq ans de l'échéance.
- 65 ans, recherche de revenus complémentaires. L'allocation bascule vers 80% de fonds en euros, complétés par 20% de SCPI logées dans le contrat. L'objectif n'est plus la croissance du capital mais un revenu régulier, peu corrélé aux marchés actions.
Que mettre dans la poche unités de compte ?
« 40% d'unités de compte » ne dit rien du risque réellement pris : tout dépend de la nature de ces unités de compte. La diversification se joue à ce niveau, pas sur le curseur euros / UC.
Les ETF logés dans une assurance-vie cumulent trois atouts : des frais de gestion faibles, une composition transparente et une exposition instantanée à plusieurs centaines de valeurs. Leur disponibilité variant fortement d'un assureur à l'autre, elle constitue un critère de sélection du contrat à part entière.
Les SCPI logées dans un contrat obéissent à des règles propres : frais d'entrée souvent réduits par l'assureur, liquidité assurée par ce dernier et non par le marché des parts. En contrepartie, une fraction des loyers n'est parfois pas reversée, ce qui écarte le rendement servi de celui de la détention en direct.
Enfin, le private equity, s'est ouvert aux épargnants individuels sous l'effet de la loi Industrie verte : depuis le 24 octobre 2024, la gestion pilotée profilée intègre une part minimale d'actifs non cotés. Le capital y reste toutefois immobilisé plusieurs années et le risque de perte est réel. Par conséquent, un plafond de 5 à 10% de la poche d'unités de compte constitue un ordre de grandeur raisonnable pour un investisseur averti.
Détenir huit fonds actions internationales n'est pas de la diversification : ces fonds chutent ensemble. Diversifier consiste à croiser des classes d'actifs qui ne réagissent pas de la même façon aux mêmes événements.
Piloter son allocation : arbitrage, rééquilibrage, sécurisation
Une allocation n'est pas un choix figé à la souscription. Quatre leviers la maintiennent alignée sur l'objectif, du premier versement jusqu'au rachat.
L'arbitrage, l'outil de base
L'arbitrage transfère l'épargne d'un support vers un autre à l'intérieur du contrat, à tout moment. Son avantage est décisif : tant que les sommes ne sortent pas de l'enveloppe, l'opération ne déclenche aucune imposition, contrairement à une vente sur un compte-titres. L'antériorité fiscale du contrat est également préservée. Seuls les frais d'arbitrage méritent attention, forfaitaires ou proportionnels selon les contrats.
Le rééquilibrage annuel
Une allocation dérive toute seule. Ainsi, après plusieurs années de hausse des marchés, une répartition 60/40 peut être devenue 50/50 sans qu'aucune décision n'ait été prise. Le risque du contrat a augmenté à l'insu de son titulaire. Un rendez-vous annuel, à date fixe, suffit à revenir sur la cible en vendant ce qui a monté pour racheter ce qui a baissé.
La sécurisation progressive
À mesure que l'échéance approche, les unités de compte se transfèrent graduellement vers le fonds en euros. La règle vaut pour une retraite comme pour un projet daté. Les contrats proposent des options automatiques : sécurisation des plus-values, stop-loss relatif, investissement progressif des versements. Ces options fonctionnent sans intervention, mais elles se paramètrent une fois pour toutes : leur réglage mérite d'être revu à chaque changement d'horizon.
Versements programmés et modes de gestion
Investir une somme fixe à intervalle régulier revient à acheter davantage de parts quand les marchés baissent et moins quand ils montent. La question du « bon moment » disparaît. Reste à choisir qui pilote l'ensemble.
Les frais, paramètre oublié de la répartition
Quatre familles de frais se superposent : frais de dossier à la souscription, frais d'entrée sur chaque versement, frais de gestion annuels sur l'encours, frais d'arbitrage à chaque mouvement. Seuls les frais de gestion se prélèvent année après année : c'est le poste déterminant.
Sur un contrat de 100 000 € rapportant 5% par an pendant vingt ans, 1% de frais de gestion annuels ramène le capital de 265 330 € à 219 112 €, soit 46 218 € de moins. Hypothèses : rendement constant, hors fiscalité.
Par ailleurs, les unités de compte ajoutent un second étage : les frais internes du fonds, prélevés avant le calcul de la valeur liquidative. Deux supports affichant la même performance brute ne délivrent donc pas le même résultat net. Cet empilement plaide pour les fonds indiciels.
Pour autant, la gratuité n'existe pas. Un contrat accompagné par un professionnel qui construit puis pilote l'allocation coûte logiquement plus cher qu'un contrat en ligne géré par l'épargnant lui-même. La bonne question n'est pas « quel est le contrat le moins cher », mais ce que chaque ligne de frais achète en face.
Six erreurs de répartition fréquentes
- Rester à 100% en fonds en euros par défaut. Le choix relève souvent de l'inertie, pas d'une décision. Le rendement réel, après inflation et prélèvements sociaux, en ressort proche de zéro.
- Se laisser piéger par un fonds en euros bonussé. Le bonus de rendement est conditionné à un quota minimum d'unités de compte, fréquemment de 30 à 50%. Ce quota doit correspondre au profil réel, pas l'inverse.
- Confondre volatilité et perte. Une baisse affichée n'est une perte définitive que si l'on arbitre au mauvais moment.
- Arbitrer dans la panique. Vendre après une chute cristallise la perte et prive du rebond, qui survient le plus souvent dans les mois qui suivent.
- Oublier de sécuriser avant l'échéance. Un krach survenant douze mois avant un projet est ingérable si l'allocation est restée dynamique.
- Empiler des supports redondants. Multiplier les fonds donne une illusion de diversification alors que les risques se superposent.
Questions fréquentes sur la répartition d'une assurance vie
Quelle est la répartition idéale d'une assurance vie ?
Aucune répartition idéale ne vaut pour tous. En 2025, les unités de compte ont capté 39.1% des versements en assurance vie, soit près de quatre euros sur dix (selon France Assureurs). Elle s'ajuste ensuite selon l'horizon, la tolérance au risque et l'objectif poursuivi.
Quel pourcentage d'unités de compte détenir à 50 ans, puis à 60 ans ?
Le pourcentage d'unités de compte dépend de la date d'utilisation des fonds, pas de l'âge. À 50 ans avec une retraite à 65 ans, une fourchette de 40 à 60% se justifie. À 60 ans, avec un besoin de revenus à court terme, elle descend souvent sous 30%. Un contrat destiné à la transmission reste dynamique à tout âge.
Peut-on modifier la répartition de son contrat en cours de route ?
La répartition se modifie à tout moment, par arbitrage, sans limite de nombre et sans remise en cause de l'antériorité fiscale du contrat. Seuls des frais d'arbitrage peuvent s'appliquer, forfaitaires ou proportionnels selon les contrats.
Un arbitrage entre fonds en euros et unités de compte est-il imposable ?
Un arbitrage entre supports d'un même contrat n'est pas imposable. Tant que les sommes restent dans l'enveloppe, aucune plus-value n'est constatée fiscalement. L'imposition n'intervient qu'au rachat, partiel ou total.
Peut-on perdre de l'argent avec une assurance vie ?
La perte est possible sur la part investie en unités de compte, dont la valeur n'est pas garantie. Le fonds en euros bénéficie, lui, d'une garantie en capital et de l'effet cliquet. Le risque se mesure donc au niveau de l'allocation choisie, pas du contrat.
Faut-il choisir la gestion pilotée ou la gestion libre ?
La gestion pilotée délègue les arbitrages à une société de gestion selon un profil défini, moyennant un surcoût annuel de 0.2 à 0.5%. La gestion libre laisse la main au souscripteur, sans surcoût mais avec un suivi à assurer. Le critère décisif reste le temps consacré au contrat.
Combien de supports faut-il détenir dans un contrat ?
Cinq à dix supports suffisent dans la plupart des situations, à condition qu'ils couvrent des classes d'actifs distinctes. Au-delà, le suivi devient illisible sans réduire le risque, puisque des fonds proches évoluent de concert.
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