Au moment de répartir une assurance vie, le choix ne se résume pas à l'alternative entre sécurité et risque. Le fonds eurocroissance ouvre une voie intermédiaire : une protection du capital différée à l'échéance, en échange d'une part d'investissement plus dynamique. À l'inverse, les fonds en euros garantissent le capital à tout moment et restent disponibles, mais leur rendement dépend d'un portefeuille surtout obligataire.
Dès lors, la décision porte d'abord sur l'horizon. Une somme qui peut rester immobilisée 8 ans ou plus se prête à ce support. En revanche, un besoin d'argent avant le terme expose à une perte en capital. Restent ensuite à arbitrer la part garantie, la durée d'engagement et la fiscalité.
Qu'est-ce qu'un fonds eurocroissance ?
Un support entre fonds en euros et unités de compte
Un fonds eurocroissance est un support d'assurance vie dont la garantie en capital s'apprécie au terme, et non en continu. L'assureur s'engage à restituer les sommes investies à une date fixée à la souscription. Entre-temps, la valeur de l'épargne fluctue avec les marchés.
Ce fonctionnement le place à mi-chemin entre trois familles de supports :
- le fonds en euros, dont le capital est garanti à tout moment et les intérêts acquis chaque année ;
- les unités de compte (UC), sans garantie en capital, exposées aux marchés ;
- l'eurocroissance, qui combine une exposition aux marchés pendant la durée de placement et une garantie à l'échéance.
Ainsi, le risque de perte existe, mais il se concentre sur une sortie anticipée. Tenir jusqu'au terme neutralise ce risque, dans la limite de la garantie prévue au contrat.
De la création en 2014 à la refonte de la loi Pacte
Les premiers fonds eurocroissance apparaissent en 2014, dans un contexte de taux obligataires au plus bas. L'objectif est alors de réorienter une partie de l'épargne des fonds en euros vers le financement de l'économie, sans renoncer à toute garantie. Pourtant, le produit peine à convaincre. Sa mécanique, qui juxtapose deux provisions distinctes, reste difficile à lire pour l'épargnant comme pour les distributeurs.
La loi du 22 mai 2019 relative à la croissance et la transformation des entreprises, dite loi Pacte, refond le dispositif. La nouvelle formule s'applique depuis le 1er janvier 2020. Le décret du 23 décembre 2019 en fixe les modalités. Désormais, l'épargne s'exprime uniquement en parts de provision de diversification, dont la valeur évolue comme celle d'une unité de compte. Par conséquent, chaque fonds affiche un rendement unique, identique pour tous les épargnants quelle que soit leur échéance.
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Comment fonctionne la garantie à l'échéance ?
La protection offerte par l'eurocroissance tient en deux paramètres fixés dès la souscription : la durée et le niveau de garantie.
Une durée minimale de 8 ans
La durée d'engagement se choisit à l'adhésion et ne peut être inférieure à 8 ans. Selon les contrats, l'échéance peut être fixée à 15 ou 20 ans, voire davantage. Depuis 2020, cette durée ne modifie pas le rendement servi, commun à tous les épargnants du fonds. En revanche, elle fixe la date à laquelle la garantie s'applique.
Ce réglage engage donc l'épargnant. Une échéance trop proche du besoin laisse peu de marge en cas de baisse des marchés. À l'inverse, une échéance trop lointaine immobilise l'épargne au-delà des besoins réels. Le bon repère reste un projet daté : départ à la retraite, transmission ou financement des études d'un enfant.
Garantie totale ou partielle
Le niveau de garantie n'est pas uniforme. Deux appellations coexistent, que l'article L134-1 du code des assurances rattache à la même provision de diversification :
- le fonds eurocroissance au sens strict garantit au moins 100% des sommes investies, à une échéance d'au moins 8 ans ;
- le fonds croissance offre une garantie partielle ou nulle, dont le contrat fixe le niveau, par exemple 80% des sommes investies.
Une garantie partielle libère une marge d'investissement plus large. En contrepartie, la perte maximale à l'échéance est connue d'avance. Avec une garantie à 80%, elle atteint 20% du capital dans le pire des cas.
En cas de retrait avant le terme
Un rachat avant l'échéance s'effectue à la valeur de marché des parts. Aucune garantie du capital ne s'applique alors, sauf clause de garantie partielle prévue au contrat. En période de baisse des marchés, le retrait peut donc se solder par une perte en capital.
Le contraste avec le fonds en euros est net. Sur ce dernier, l'effet cliquet rend les intérêts définitivement acquis chaque année, et le capital reste disponible à tout moment. L'eurocroissance renonce à ces deux protections pendant la durée d'engagement. Il convient donc à une épargne dont l'horizon dépasse l'échéance choisie.
Où est investie l'épargne ?
L'assureur répartit les sommes confiées en deux poches. La première, prudente, sert à reconstituer la garantie à l'échéance. La seconde recherche la performance et peut comporter :
- des actions cotées ;
- de l'immobilier ;
- des fonds communs de placement à risque (FCPR), investis dans des entreprises non cotées.
La durée de blocage rend cette prise de risque possible. Libéré de l'obligation de garantir le capital chaque année, l'assureur peut conserver des actifs volatils sur un cycle de marché complet. De fait, ces placements orientent l'épargne vers le financement des entreprises, objectif affiché du support depuis sa création.
Quels rendements attendre ?
Des performances très dispersées
Aucun organisme public ne publie de rendement moyen des fonds eurocroissance. Les taux annoncés par les assureurs, relevés par la presse spécialisée, montrent surtout un fort écart d'un fonds à l'autre. En 2024, le rendement moyen s'élevait à 2.86% hors bonus, et le meilleur fonds atteignait 5.32%. En 2025, les taux relevés s'échelonnent de 0.90% à 3.40%.
Ces chiffres valent ordre de grandeur daté, et non référence contractuelle. Aucune source publique ne les consolide, et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Enfin, un rendement annuel ne dit rien de la performance finale, qui ne se constate qu'au terme.
Un écart qui se resserre avec le fonds en euros
De son côté, le fonds en euros a servi un rendement moyen de 2.63% en 2025 sur les contrats individuels, selon l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). L'avantage de l'eurocroissance n'a donc rien d'automatique. Certains fonds dépassent nettement ce niveau. D'autres restent en deçà, pour un capital pourtant bloqué 8 ans.
Ce rapprochement tient à la remontée des taux obligataires depuis 2022, qui a redonné de l'air aux fonds en euros. Cependant, le rendement des fonds en euros en 2026 varie fortement d'un contrat à l'autre. Avant de bloquer une somme, mieux vaut mesurer ce que le fonds en euros du contrat sert déjà. Plusieurs leviers permettent d'améliorer le rendement de son fonds en euros, comme les bonus accordés en contrepartie d'une part minimale d'unités de compte.
Eurocroissance, fonds en euros ou unités de compte : le comparatif
Les trois supports cohabitent dans un même contrat. Leurs différences se lisent surtout sur la liquidité et le moment de la garantie.
Fiscalité et transfert d'un ancien contrat
Une fiscalité d'assurance vie, avec des prélèvements sociaux à l'échéance
Logé dans un contrat d'assurance vie, le fonds eurocroissance en suit la fiscalité. Après 8 ans de détention du contrat, les gains retirés bénéficient d'un abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule et de 9 200 € pour un couple soumis à imposition commune. Au-delà, ils sont imposés à 7.5%, puis à 12.8% pour la part des versements qui dépasse 150 000 €. L'antériorité se compte à partir de l'ouverture du contrat, et non de l'entrée sur le fonds.
Les prélèvements sociaux de 17.2% suivent une autre logique. Sur un fonds en euros, ils sont prélevés chaque année sur les intérêts. Sur l'eurocroissance, comme sur les unités de compte, ils ne sont dus qu'au rachat ou au terme. Ce décalage laisse l'ensemble des gains travailler jusqu'à l'échéance. Par ailleurs, l'assurance vie échappe à la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) appliquée en 2026 : le taux de 17.2% y est maintenu.
Le transfert Pacte : conserver l'antériorité fiscale
Un ancien contrat peut être transféré vers un contrat plus récent chez le même assureur, sans perdre son antériorité fiscale. Ce transfert a été ouvert par la loi Pacte. Il suppose que les sommes transférées soient investies, en tout ou partie, en unités de compte ou sur un fonds eurocroissance.
Pour un contrat ancien, l'opération ouvre donc l'accès à l'eurocroissance sans repartir de zéro sur le délai de 8 ans. De plus, le transfert n'étant pas un rachat, il ne déclenche aucune imposition des gains.
À quels épargnants s'adresse ce support ?
Le fonds eurocroissance vise un profil précis : un épargnant prudent, qui refuse une perte définitive mais dispose d'un horizon long. La préparation de la retraite s'y prête bien, tout comme la constitution d'un capital pour un projet daté. Dans une allocation, il complète le fonds en euros sans s'y substituer.
Le marché reste pourtant modeste. France Assureurs relève un encours de 11.3 milliards d'euros à fin mars 2025, réparti sur 706 000 contrats, après une hausse de 24% en 2024. À titre de comparaison, l'assurance vie dans son ensemble dépassait 2 100 milliards d'euros d'encours fin 2025. Plusieurs limites freinent sa diffusion :
- une offre restreinte, peu d'assureurs commercialisant encore ce support ;
- un capital immobilisé jusqu'à l'échéance, sauf à accepter une perte ;
- des rendements dispersés, qui imposent d'examiner l'historique du fonds avant de s'engager.
L'accès passe donc souvent par le choix du contrat lui-même. Pour choisir la bonne assurance vie, la présence d'un fonds eurocroissance devient alors un critère de sélection. À défaut, ouvrir plusieurs contrats permet de loger ce support à côté d'un contrat existant, tout en multipliant les dates d'antériorité fiscale.
Questions fréquentes sur le fonds eurocroissance
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