Assurance vie en rente viagère : fonctionnement, fiscalité et choix face au capital

Paul Garnier
Paul Garnier
22.10.2026
•
2 min
Vue aérienne de maisons historiques et de verdure luxuriante dans un village rural français

Un contrat d'assurance vie peut produire un revenu de deux façons. L'épargnant peut retirer son épargne par rachats, ponctuels ou programmés. Il peut aussi la convertir en rente viagère, versée jusqu'à son décès quel que soit l'âge atteint. La rente garantit un revenu à vie, en échange d'un abandon définitif du capital.

Ce choix est irréversible. Une fois la conversion faite, le capital n'appartient plus à l'épargnant, et la fraction imposable de la rente (la part soumise à l'impôt sur le revenu) reste fixée selon l'âge au premier versement. La décision repose sur trois critères : l'espérance de vie, les besoins de revenu et la volonté de transmettre.

Qu'est-ce que la sortie en rente viagère d'une assurance vie ?

Le principe de la conversion du capital

La sortie en rente consiste à remettre tout ou partie de l'épargne du contrat à l'assureur. En échange, il s'engage à verser une rente viagère à échéances régulières, mensuelles, trimestrielles ou annuelles, jusqu'au décès du bénéficiaire. Ce bénéficiaire porte le nom de crédirentier, et chaque versement celui d'arrérage.

L'opération est une cession définitive du capital : la somme convertie sort du patrimoine de l'épargnant. Elle ne peut plus être retirée, même partiellement, ni transmise à ses héritiers. La conversion peut intervenir à tout moment, à la date choisie par le souscripteur et dans les conditions prévues par le contrat, pas seulement à son terme.

Rente viagère ou rachats programmés : les différences

Les rachats partiels programmés, des retraits automatiques versés à intervalles réguliers, produisent eux aussi un revenu. Le mécanisme est pourtant inverse. Avec des rachats, l'épargnant reste propriétaire de son capital, qui continue de produire des intérêts et reste disponible. Ce capital peut en revanche s'épuiser si les retraits dépassent durablement le rendement.

La rente transfère au contraire à l'assureur le risque de longévité, c'est-à-dire le risque de vivre plus longtemps que son épargne. L'assureur mutualise les durées de vie de l'ensemble des rentiers : ceux qui décèdent tôt financent ceux qui vivent longtemps. La rente fonctionne donc moins comme un placement que comme une assurance contre une vie très longue.

Comment est calculé le montant de la rente ?

Les quatre paramètres du calcul

Le montant de la rente résulte d'un calcul actuariel, fondé sur les probabilités de survie. Quatre paramètres le déterminent :

  • Le capital converti : la rente est proportionnelle à la somme remise à l'assureur.
  • L'âge à la conversion : plus il est élevé, plus la durée probable de versement est courte, et plus la rente annuelle augmente.
  • La table de mortalité : les assureurs appliquent des tables réglementaires qui estiment la durée de vie selon l'année de naissance (article A132-18 du Code des assurances). Depuis décembre 2012, la tarification est identique pour les hommes et les femmes : les assureurs utilisent la table TGF05, établie sur la population féminine, pour tous les assurés.
  • Le taux technique : il correspond au rendement que l'assureur anticipe et intègre dès le départ dans la rente. Ce taux est plafonné par la réglementation.

S'y ajoutent les frais d'arrérages, prélevés sur chaque versement, qui atteignent jusqu'à 3% de la rente selon les contrats. La rente est ensuite revalorisée chaque année grâce à la participation aux bénéfices : la part des résultats financiers de l'assureur redistribuée aux assurés. Un taux technique faible donne une rente de départ plus basse, mais laisse davantage de marge à la revalorisation.

Montant de rente pour 100 000 € convertis à 65 ans

À 65 ans, les barèmes publiés font ressortir des taux de conversion de l'ordre de 3.5% à 3.7% du capital, nets de frais. Pour 100 000 € convertis, la rente de départ avoisine donc 3 600 € par an, soit 300 € par mois. Le nombre d'années nécessaires pour que les rentes cumulées dépassent le capital abandonné dépend de la revalorisation :

Revalorisation annuelle de la rente Durée pour récupérer 100 000 € Âge atteint (conversion à 65 ans)
0% environ 28 ans environ 93 ans
1% environ 25 ans environ 90 ans
2% environ 22 ans environ 87 ans

Ces chiffres restent indicatifs. Chaque assureur publie son propre barème, et l'écart de rente entre deux contrats peut être sensible. La comparaison des barèmes de plusieurs assureurs s'impose donc avant toute conversion.

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Les options de rente et leur coût

Chaque garantie ajoutée protège un proche ou sécurise un versement. En contrepartie, elle réduit la rente de départ.

La rente simple : un versement au seul crédirentier

La rente simple est versée au seul crédirentier, jusqu'à son décès. Elle offre le montant le plus élevé pour un capital donné. Néanmoins, rien n'est transmis au décès, même s'il survient un an après la conversion.

La rente réversible au conjoint

La rente réversible continue d'être versée au conjoint survivant, en totalité ou en partie. Le taux de réversion est le plus souvent de 60% ou 100%. L'assureur doit alors couvrir deux espérances de vie. La rente initiale baisse donc d'autant plus que le taux de réversion est élevé et que le conjoint est jeune.

Par exemple, une réversion à 100% au profit d'un conjoint plus jeune de cinq ans entraîne une décote nettement supérieure à celle d'une réversion à 60% au profit d'un conjoint du même âge. Le chiffrage exact figure dans le barème du contrat.

Les annuités garanties : une durée minimale de versement

L'option d'annuités garanties fixe une durée minimale de versement, par exemple 10 ou 15 ans. Si le crédirentier décède avant ce terme, les arrérages restants sont versés au bénéficiaire désigné. Elle évite ainsi la perte totale du capital en cas de décès précoce. Sa durée est toutefois plafonnée selon l'âge à la conversion, et elle réduit elle aussi le montant de départ.

Rente par paliers et rente majorée en cas de dépendance

Certains contrats proposent une rente par paliers. Le montant est plus élevé pendant les premières années de retraite, souvent les plus actives, puis il diminue. D'autres prévoient une rente majorée en cas de dépendance : le versement augmente, parfois du double, si le crédirentier perd son autonomie. Cette option couvre les frais de dépendance (aide à domicile, établissement spécialisé), qui surviennent souvent à un âge où l'épargne disponible a déjà diminué.

La fiscalité de la rente viagère en assurance vie

Une fraction imposable fixée à l'âge de la première rente

La rente issue d'une assurance vie relève du régime des rentes viagères à titre onéreux, c'est-à-dire obtenues en échange d'un capital. Ce régime est défini au 6 de l'article 158 du code général des impôts (CGI), et l'administration fiscale publie le barème officiel des fractions imposables. Seule une fraction de la rente entre dans le revenu imposable. Elle dépend de l'âge du crédirentier lors du premier versement et ne varie plus ensuite :

Âge lors du premier versement Fraction imposable de la rente
Moins de 50 ans 70%
De 50 à 59 ans 50%
De 60 à 69 ans 40%
70 ans ou plus 30%

Par exemple, pour une rente de 6 000 € par an perçue pour la première fois à 70 ans, seuls 1 800 € s'ajoutent aux autres revenus soumis au barème progressif. Pour un contribuable dont le taux marginal d'imposition (TMI), le taux de sa tranche d'imposition la plus haute, est de 30%, l'impôt sur le revenu atteint 540 € par an.

La fraction imposable est déterminée une fois pour toutes : une conversion à 69 ans fige l'imposition à 40% de la rente, contre 30% si le premier versement intervient à 70 ans.

Prélèvements sociaux et absence d'abattement

Les prélèvements sociaux frappent la même fraction imposable. Contrairement aux produits de l'assurance vie, maintenus à 17.2%, les rentes viagères à titre onéreux ne figurent pas parmi les revenus épargnés par la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) votée pour 2026. Le taux global retenu est donc de 18.6%. Dans l'exemple précédent, ils représentent environ 335 € par an.

La rente ne bénéficie en revanche d'aucun abattement annuel. L'abattement de 4 600 € (personne seule) ou 9 200 € (couple marié ou pacsé), réservé aux contrats de plus de huit ans, s'applique uniquement aux rachats.

Comparaison avec la fiscalité des rachats

Un rachat n'est imposé que sur la part de gains qu'il contient, jamais sur les versements remboursés. Après huit ans, ces gains profitent de l'abattement de l'assurance vie, puis d'un prélèvement forfaitaire de 7.5% (12.8% au-delà de 150 000 € de primes).

Des rachats calibrés sous le plafond de l'abattement peuvent donc sortir sans impôt sur le revenu. Seuls restent dus les prélèvements sociaux sur les gains, lorsqu'ils n'ont pas déjà été prélevés chaque année sur les intérêts du fonds en euros. Pour un contrat de plus de huit ans, la fiscalité des rachats est donc généralement plus douce que celle de la rente.

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Rente ou capital : le comparatif

Tableau comparatif rente, rachats programmés et capital

Critère Rente viagère Rachats programmés Retrait du capital
Revenu garanti à vie Oui Non, tant que le capital dure Non
Disponibilité de l'épargne Nulle Totale Totale
Transmission au décès Aucune, sauf réversion ou annuités garanties Capital restant, via la clause bénéficiaire Intégrée à la succession
Fiscalité 30 à 70% de la rente imposés selon l'âge Gains seuls, abattement après 8 ans Gains seuls, abattement après 8 ans
Risque principal Décès précoce Épuisement du capital Épuisement et mauvais emploi des fonds
Réversibilité du choix Irréversible Modifiable à tout moment Définitif pour la somme retirée

À partir de quel âge la rente devient-elle rentable ?

Une conversion à 65 ans ne devient rentable qu'entre 87 et 93 ans environ, selon la revalorisation. Selon l'Insee, un homme de 65 ans peut espérer vivre jusqu'à 85 ans, une femme jusqu'à 88.6 ans (données provisoires 2025). L'âge de rentabilité se situe donc au-delà de l'espérance de vie moyenne des hommes, et autour de celle des femmes. Ces âges sont en outre calculés sans tenir compte de l'inflation : une fois la hausse des prix intégrée, le seuil recule encore de plusieurs années.

La comparaison avec des rachats confirme ce constat. 100 000 € placés sur un fonds en euros à 2.5% net permettent de retirer 3 600 € par an pendant près de 48 ans, soit jusqu'à 113 ans environ. Même à 2%, le capital dure jusqu'à 106 ans environ. Sur le plan strictement financier, la rente est donc presque toujours moins avantageuse que les rachats. Son intérêt est ailleurs : elle garantit le revenu quel que soit le rendement futur et quelle que soit la longévité.

Ce que deviennent les sommes au décès

Avec une rente simple, le capital converti disparaît au décès du crédirentier. Seules la réversion et les annuités garanties permettent de transmettre une partie des versements prévus.

À l'inverse, le capital conservé dans le contrat est versé aux bénéficiaires désignés, dans le cadre fiscal de la transmission par l'assurance vie :

  • 152 500 € d'abattement par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans ;
  • 30 500 € d'abattement global pour les primes versées après 70 ans, les gains correspondants restant exonérés.

Pour un épargnant qui souhaite transmettre, le coût réel de la rente inclut donc ce capital perdu pour les héritiers.

Pour quels profils la rente viagère est-elle adaptée ?

Les situations où la rente est pertinente

La rente se justifie lorsque la sécurité du revenu prime sur le rendement et la transmission. Elle convient notamment dans les situations suivantes :

  • une longévité familiale marquée, qui augmente la probabilité de dépasser l'âge de rentabilité ;
  • l'absence d'héritiers, ou une transmission déjà organisée par d'autres biens ;
  • un besoin de revenu garanti pour couvrir des dépenses fixes, que les pensions ne suffisent pas à financer ;
  • la crainte de mal gérer un capital avec l'âge, ou de le voir sollicité par l'entourage ;
  • l'anticipation d'une perte d'autonomie, avec une option de majoration en cas de dépendance.

Pour ces profils, la rente constitue un complément de retraite dont le montant ne dépend ni des marchés ni de la discipline de l'épargnant.

Rente partielle et rachats : la solution mixte

De nombreux contrats autorisent une conversion partielle. Une fraction de l'épargne finance alors un socle de revenu garanti, calé sur les dépenses incompressibles. Le reste demeure investi et disponible par rachats, pour les dépenses exceptionnelles et la transmission.

Cette répartition limite le risque de longévité sans abandonner tout le capital. Elle permet aussi d'échelonner les conversions : une conversion tardive, après 70 ans, bénéficie à la fois d'une rente plus élevée et de la fraction imposable minimale de 30%.

Rente d'assurance vie et rente de PER : deux fiscalités différentes

Le plan d'épargne retraite (PER) propose lui aussi une sortie en rente viagère, mais avec une fiscalité différente. La rente issue de versements déduits du revenu imposable est imposée comme une pension de retraite : elle entre en totalité dans le revenu, après un abattement de 10%. Seuls les versements non déduits bénéficient du régime des rentes viagères à titre onéreux.

À rente égale, la rente d'assurance vie est donc en général nettement moins imposée. L'arbitrage entre sortie en rente ou en capital du PER repose sur d'autres critères, notamment l'économie d'impôt obtenue lors des versements.

Ce qu'il faut retenir

  • La rente garantit un revenu, pas un rendement : comparée à des retraits réguliers sur le contrat (rachats), elle n'est financièrement gagnante que si l'assuré vit au-delà de 87 à 93 ans pour une conversion à 65 ans. Son intérêt tient à la garantie d'un revenu jusqu'au décès.
  • La conversion est définitive : le capital converti ne peut plus être retiré ni transmis aux héritiers. La décision se prend en tenant compte des proches et des autres placements.
  • La date de conversion pèse sur la rente et sur l'impôt : une conversion plus tardive augmente la rente, et un premier versement à 70 ans ou plus ramène la part imposable de la rente de 40% à 30%, pour toute sa durée.
  • Les options de protection réduisent la rente : la réversion (rente maintenue au conjoint après le décès) et les annuités garanties (durée minimale de versement) protègent les proches, mais abaissent le montant de départ. Leur coût varie d'un contrat à l'autre.
  • Une conversion partielle est souvent préférable : une rente limitée aux dépenses fixes, complétée par des retraits sur le reste du contrat, combine revenu garanti et capital disponible.

Questions fréquentes sur la rente viagère en assurance vie

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Peut-on revenir sur une sortie en rente viagère ?

Non, une sortie en rente viagère est en principe irrévocable. Le rachat de la rente n'est envisageable que dans des cas exceptionnels, lorsque le contrat le prévoit. Les conditions générales du contrat sont donc à vérifier avant toute conversion.

La rente viagère est-elle revalorisée chaque année ?

Oui, la rente viagère est revalorisée chaque année grâce à la participation aux bénéfices de l'assureur. Cette revalorisation n'est toutefois pas indexée sur l'inflation. Son niveau dépend des résultats financiers de l'assureur et du taux technique retenu au départ.

Que se passe-t-il en cas de décès peu après la conversion ?

En cas de décès peu après la conversion, la rente s'arrête et le capital reste acquis à l'assureur. Seules deux options évitent cette perte : la réversion au conjoint et les annuités garanties, versées au bénéficiaire désigné jusqu'au terme prévu.

Peut-on convertir une partie seulement de son contrat ?

Oui, une conversion partielle est possible lorsque les conditions générales du contrat le prévoient. La fraction convertie produit une rente viagère. Le solde reste investi et disponible par rachats, avec la fiscalité habituelle de l'assurance vie.

La rente viagère entre-t-elle dans l'IFI ?

Non, en principe. L'impôt sur la fortune immobilière (IFI) ne vise que les contrats rachetables, à hauteur de leurs unités de compte immobilières (parts de sociétés civiles de placement immobilier ou de fonds immobiliers). Or un capital converti en rente n'est plus rachetable : la rente n'entre donc pas dans l'assiette de l'IFI.

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