Retraite d'expatrié : quel pays choisir et quelle fiscalité pour votre pension ?
L'expatriation à la retraite a de quoi séduire, surtout dans certains pays à la fiscalité douce. Cependant, votre pension sera-t-elle imposée en France ou dans votre pays d'accueil ? Le statut de votre ancien employeur en décide, avant même la destination.

Une pension française est versée dans le monde entier, sans plafond ni condition de nationalité. La question de la retraite d'expatrié ne se joue donc pas sur le droit à percevoir, mais sur ce qu'il en reste une fois la frontière franchie. Trois variables orientent le choix : l'État qui obtient le droit d'imposer la pension, le niveau des prélèvements sociaux maintenus, et le coût d'une couverture santé qui n'est plus automatique. Ces éléments dépendent de la convention fiscale qui lie le pays à la France, et de la nature de la pension.
Cette démarche ajoute un paramètre déterminant dans la préparation de sa retraite : la destination. Mieux vaut anticiper cette réflexion bien avant la fin de carrière. Voici nos conseils.
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Peut-on percevoir sa pension française en s'expatriant ?
Un versement garanti sur justificatif
Le départ ne compromet pas le versement d'une pension acquise. Les caisses de retraite distribuent dans tous les pays du monde, sur un compte local ou français, quelle que soit la nationalité du bénéficiaire et sans durée maximale de séjour à l'étranger. Deux obligations administratives conditionnent toutefois la continuité des paiements :
- La première est le certificat de vie. Un seul justificatif par an suffit désormais pour l'ensemble des régimes, base et complémentaires confondus, grâce à la mutualisation entre caisses. Son défaut de retour entraîne la suspension immédiate des versements, régularisable mais avec un délai de plusieurs mois.
- La seconde tient à la déclaration du changement d'adresse et des nouvelles coordonnées bancaires auprès de chaque organisme liquidateur.
Les allocations de solidarité perdues au départ
Toutes les prestations de vieillesse ne suivent pas le retraité. L'allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa) et l'allocation supplémentaire d'invalidité (ASI) sont conditionnées à un séjour en France de plus de neuf mois par an. Une installation durable à l'étranger entraîne donc leur suppression.
La distinction est structurante : une pension contributive, financée par des cotisations, constitue un droit acquis exportable ; une allocation de solidarité, financée par la collectivité, reste attachée au territoire. Un cas ne relève d'aucune de ces règles, celui des départements et collectivités d'outre-mer. La Réunion, la Martinique ou la Guadeloupe demeurent du territoire français : aucune des mécaniques exposées ici ne s'y applique.
La résidence fiscale, un facteur central
Quand cesse-t-on d'être résident fiscal français ?
Le déménagement effectif ne suffit pas. L'article 4 B du code général des impôts retient trois critères alternatifs, et un seul suffit à maintenir la domiciliation fiscale en France :
- le foyer ou, à défaut, le lieu de séjour principal, apprécié à partir d'une présence supérieure à 183 jours par an ;
- l'exercice en France d'une activité professionnelle non accessoire ;
- la localisation en France du centre des intérêts économiques, c'est-à-dire des principaux investissements et de la source majoritaire des revenus.
Ce troisième critère piège les retraités. Celui qui s'installe à l'étranger tout en conservant l'essentiel de son patrimoine et de ses revenus en France peut rester résident fiscal français, donc imposable sur ses revenus mondiaux. La qualité de non-résident fiscal se démontre, elle ne se déclare pas.
Ce qui reste imposable en France quoi qu'il arrive
Le départ ne transfère jamais la totalité de la fiscalité. Les revenus de source française demeurent imposables en France quelle que soit la résidence : revenus fonciers, plus-values immobilières françaises, et souvent la pension elle-même. Le changement de résidence scinde l'imposition entre deux États au lieu de la déplacer intégralement, mécanisme commun à toute fiscalité de l'expatriation. Le raisonnement doit donc porter revenu par revenu, jamais globalement.
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Qui impose votre pension, la France ou le pays d'accueil ?
Le clivage décisif entre pension publique et pension privée
La quasi-totalité des conventions signées par la France suit le modèle de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui traite séparément deux catégories de pensions.
- Les pensions privées, celles du régime général et des complémentaires Agirc-Arrco, sont en principe imposables dans l'État de résidence du retraité.
- Les pensions publiques, servies au titre d'un emploi dans la fonction publique d'État, territoriale ou hospitalière, restent imposables en France, sauf lorsque le bénéficiaire possède la nationalité de son pays d'accueil. Ce partage n'a rien d'automatique : plusieurs conventions s'en écartent.
La conséquence est contre-intuitive. Un ancien fonctionnaire et un ancien salarié du privé, installés dans le même pays avec la même pension, ne relèvent pas de la même fiscalité. Un couple mixte peut ainsi dépendre simultanément de deux administrations. Une carrière partagée entre les deux secteurs produit le même éclatement, pension par pension.
Une pension privée suit le retraité, une pension publique reste attachée à l'État qui la sert. C'est la nature de l'ancien employeur, et non le pays d'installation, qui détermine en premier lieu où l'impôt sera dû.
La retenue à la source appliquée aux non-résidents
Lorsque la convention laisse le droit d'imposer à la France, la pension subit une retenue à la source spécifique, prélevée directement par la caisse. Elle s'applique après un abattement de 10%, sur un barème annuel à trois tranches : 0% jusqu'à 17 275 €, 12% jusqu'à 50 112 €, puis 20% au-delà. Ces seuils sont revalorisés chaque année comme la première tranche du barème de l'impôt sur le revenu.
Ce mécanisme coexiste avec le taux minimum d'imposition des non-résidents. Ce dernier frappe l'ensemble du revenu net imposable de source française à 20% jusqu'à 29 579 €, puis à 30% au-delà. Le contribuable peut demander l'application du taux moyen résultant de ses revenus mondiaux lorsqu'il lui est plus favorable, sur justificatifs.
Comment la double imposition est neutralisée
Quand deux États revendiquent la même pension, la convention désigne une méthode d'élimination. L'exonération avec taux effectif écarte le revenu de la base imposable, mais le conserve pour déterminer le taux applicable aux autres revenus. Le crédit d'impôt maintient le revenu dans la base et impute l'impôt déjà acquitté à l'étranger.
À taux affichés identiques, ces deux méthodes ne produisent pas le même net. L'exonération se révèle généralement plus favorable lorsque le pays d'accueil applique un barème progressif. Vérifier la méthode retenue par la convention fait partie de l'arbitrage, au même titre que le taux.
Prélèvements sociaux et couverture santé du retraité non-résident
La CSG remplacée par une cotisation d'assurance maladie
Quitter la résidence fiscale française fait sortir les pensions du champ de la contribution sociale généralisée (CSG), de la contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) et de la contribution de solidarité pour l'autonomie. L'exonération n'est pourtant pas totale.
Le retraité qui demeure à la charge d'un régime français acquitte une cotisation d'assurance maladie prélevée à la source :
- 3.2% sur la retraite de base ;
- 4.2% sur les pensions complémentaires ;
- 7.1% pour les pensions servies par un régime de travailleurs indépendants.
Le retraité affilié au régime obligatoire local en est dispensé. Le gain par rapport à un résident français reste réel, mais il se mesure en quelques points, pas en exonération complète.
Se soigner une fois installé à l'étranger
Dans l'Union européenne, l'Espace économique européen et la Suisse, le formulaire S1 ouvre la prise en charge par le système de santé local, aux frais de l'assurance maladie française. Le retraité est soigné aux conditions du pays d'accueil, qui peuvent différer sensiblement des conditions françaises en matière de reste à charge.
Hors de cette zone, aucune couverture n'est automatique. Deux voies existent : l'adhésion volontaire à la Caisse des Français de l'Étranger, ou une assurance privée internationale. Dans les deux cas, la cotisation progresse fortement avec l'âge et peut représenter plusieurs milliers d'euros par an pour un couple de plus de 70 ans. La prise en charge des soins lors d'un séjour temporaire en France suppose par ailleurs quinze ans d'assurance auprès d'un régime français.
Ce poste doit être déduit du gain fiscal attendu. Une économie d'impôt de quelques points sur la pension peut être intégralement absorbée par une prime santé, résultat rarement anticipé au moment de choisir la destination d'expatriation fiscale.
Les pays qui traitent le mieux les pensions françaises
Des régimes d'attraction dont la durée de vie est courte
Plusieurs États ont instauré des régimes dérogatoires pour attirer les retraités étrangers et leur pouvoir d'achat. Ces régimes partagent trois caractéristiques : ils sont temporaires, conditionnés, et révisés à chaque loi de finances nationale.
Le cas portugais l'illustre. Le régime des résidents non habituels, longtemps cité pour son traitement forfaitaire des pensions étrangères, est fermé aux nouveaux entrants depuis le 1er janvier 2024. Le dispositif qui lui a succédé cible la recherche et l'innovation et ne couvre pas les pensions. Un retraité qui s'installe aujourd'hui au Portugal relève donc du barème progressif local, dont les taux s'échelonnent de 13.25% à 48%.
Le tableau ci-dessous présente la situation à la mi-2026. Chaque ligne appelle une revérification à la date du projet, la volatilité étant la règle en la matière.
Ce que le taux affiché ne dit pas
Un taux forfaitaire attractif ne devient effectif qu'à trois conditions rarement mises en avant :
- la convention doit attribuer le droit d'imposer au pays d'accueil, ce qui exclut d'emblée les titulaires d'une pension publique. La convention franco-italienne laisse même les pensions de sécurité sociale imposables en France ;
- la résidence fiscale locale doit être réellement établie, souvent avec une obligation de présence minimale et l'absence de résidence antérieure dans le pays ;
- le régime doit encore être ouvert à la date d'installation, et non simplement en vigueur pour ceux qui en bénéficient déjà.
S'ajoute la fiscalité locale hors impôt sur le revenu : taxe foncière, imposition du patrimoine, droits de succession. Un État généreux sur les pensions peut se révéler sévère sur la transmission. L'arbitrage relève d'une approche globale, celle d'une gestion de patrimoine d'expatrié qui intègre l'ensemble des impositions du pays visé.
Le taux affiché par un régime d'attraction n'est jamais le taux réellement supporté. Entre la convention, les conditions de résidence et la couverture santé à financer, l'écart entre deux destinations se réduit souvent de moitié.
Une même pension, deux destinations
L'écart réel se mesure sur le net perçu, pas sur le différentiel de taux. Pour une pension privée identique, le calcul comparatif doit intégrer quatre postes :
- l'impôt dû dans l'État désigné par la convention ;
- la cotisation d'assurance maladie française, si le retraité reste à la charge d'un régime français ;
- le coût annuel de la couverture santé, assurance privée ou adhésion à la Caisse des Français de l'Étranger ;
- l'imposition maintenue en France sur les revenus fonciers éventuels.
Un régime forfaitaire à taux réduit perd une part substantielle de son intérêt dès lors que le retraité conserve un patrimoine locatif français et finance une assurance santé privée. La comparaison n'a de sens qu'à situation patrimoniale complète.
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Que devient le patrimoine resté en France ?
Immobilier et revenus locatifs
Les revenus fonciers de source française restent imposables en France, sans exception conventionnelle. Ils supportent l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux, avec une nuance déterminante : le non-résident affilié à un régime de sécurité sociale de l'Espace économique européen, de la Suisse ou du Royaume-Uni est exonéré de CSG et de CRDS et n'acquitte que le prélèvement de solidarité de 7.5%.
À la revente, la plus-value immobilière française reste taxée en France, avec des abattements pour durée de détention et, dans certains cas, la désignation d'un représentant fiscal.
Assurance vie, PER et enveloppes en cours
Qu'en est-il des placements financiers en expatriation ?
Le contrat d'assurance vie français reste détenu après le départ. Sa fiscalité change : les prélèvements sociaux ne sont plus dus par un non-résident, et le traitement des rachats dépend de la convention applicable à la date du dénouement, non à celle de la souscription.
Le plan d'épargne retraite (PER) demande un arbitrage de calendrier. La sortie en capital devient un événement fiscal transfrontalier, dont le traitement varie selon que la convention range ces sommes parmi les pensions ou parmi les revenus de capitaux. Depuis 2026, les versements volontaires ne sont plus déductibles à partir de 70 ans, ce qui réduit l'intérêt d'alimenter le contrat juste avant un départ tardif.
Les détenteurs de plus-values latentes importantes doivent enfin vérifier leur exposition à l'exit tax avant de transférer leur domicile.
Les produits à clôturer avant de partir
Trois enveloppes appellent une décision explicite :
- le livret de développement durable et solidaire (LDDS) et le livret d'épargne populaire (LEP), réservés aux personnes fiscalement domiciliées en France, doivent être clôturés ;
- le Livret A peut en revanche être conservé, ses intérêts demeurant exonérés ;
- le plan d'épargne en actions (PEA) reste ouvert et fonctionnel, sauf transfert du domicile vers un État ou territoire non coopératif.
Conserver un produit devenu irrégulier expose à sa clôture d'office et à la remise en cause rétroactive de l'avantage fiscal.
Les angles morts à traiter avant le départ
Quatre sujets échappent à l'analyse fiscale de la pension tout en pesant lourdement sur le résultat final.
- Déclaration des comptes détenus à l'étranger. L'obligation subsiste tant que la résidence fiscale française n'est pas rompue. L'amende forfaitaire est de 1 500 € par compte non déclaré, portée à 10 000 € lorsque le compte est ouvert dans un État sans convention d'assistance administrative.
- Transmission. La loi successorale suit la dernière résidence habituelle du défunt au sens du règlement européen sur les successions. Les droits de mutation relèvent d'une convention distincte de celle sur les revenus, quand elle existe. Un héritier domicilié en France depuis au moins six des dix dernières années reste par ailleurs imposable en France sur les biens reçus.
- Risque de change. Une pension versée en euros et dépensée en devise locale expose à une variation de pouvoir d'achat que rien ne compense, à laquelle s'ajoutent les frais de virement international.
- Réversibilité. Le retour en France rétablit l'imposition mondiale et fait perdre le bénéfice du régime local, sans reconstitution possible des droits abandonnés.
Questions fréquentes sur la retraite à l'étranger
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- Une pension française est versée dans tous les pays du monde, sans condition de nationalité, sous réserve d'un certificat de vie annuel.
- Les pensions privées sont en principe imposées dans l'État de résidence, les pensions publiques en France. Plusieurs conventions s'en écartent : le Maroc impose toutes les pensions localement, l'Italie laisse celle du régime général imposable en France.
- Le non-résident ne paie plus la CSG sur sa pension, mais une cotisation d'assurance maladie de 3.2% sur la retraite de base et 4.2% sur les complémentaires s'il reste à la charge d'un régime français.
- Quand la France conserve le droit d'imposer, la pension subit une retenue à la source de 0% jusqu'à 17 275 €, 12% jusqu'à 50 112 € et 20% au-delà, distincte du taux minimum des non-résidents (20% puis 30% au-delà de 29 579 €).
- L'Aspa et l'ASI sont supprimées dès lors que le séjour en France passe sous neuf mois par an.
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Peut-on toucher sa retraite française en vivant à l'étranger ?
Il est possible de toucher sa retraite française en vivant à l'étranger, dans tous les pays du monde, sans plafond ni condition de nationalité. Deux réserves s'appliquent : le certificat de vie annuel conditionne la continuité des versements, et les allocations de solidarité comme l'Aspa sont supprimées faute d'un séjour en France de plus de neuf mois par an.
Un retraité installé hors de France paie-t-il la CSG ?
Un retraité installé hors de France ne paie pas la CSG sur ses pensions dès lors qu'il n'est plus résident fiscal français. Il acquitte en revanche une cotisation d'assurance maladie de 3.2% sur la retraite de base et 4.2% sur les complémentaires, s'il reste à la charge d'un régime français. Ses revenus du patrimoine français obéissent à des règles distinctes.
Quel pays impose le moins les pensions françaises ?
Aucun pays ne peut être désigné dans l'absolu, car la réponse dépend de la nature de la pension et de la convention applicable. Un titulaire de pension publique reste imposé en France quelle que soit sa destination. Pour une pension privée, les régimes d'attraction encore ouverts se trouvent principalement en Grèce et en Italie, à 7% sous conditions de résidence strictes. Le régime italien comporte une réserve : la pension du régime général y reste imposable en France.
Un fonctionnaire retraité à l'étranger est-il imposé en France ?
Un fonctionnaire retraité à l'étranger reste imposé en France dans la grande majorité des conventions, sa pension relevant des pensions publiques. Deux exceptions existent : la nationalité du pays de résidence, et les conventions attribuant toutes les pensions à l'État de résidence, comme celle du Maroc. C'est le point le plus contre-intuitif du sujet, et celui qui invalide le plus souvent une stratégie fondée sur le seul taux local.
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