Un dirigeant qui perçoit 100 000 € de dividendes en direct laisse 31.4% partir en flat tax, soit près d'un tiers de sa trésorerie. Celui qui prépare la cession de sa société affronte le même prélèvement sur sa plus-value. La question revient à chaque remontée de cash : comment réinvestir sans amputer le capital d'un tiers à chaque étape ? Créer une holding apporte une réponse structurelle. Le cas de Marc, dirigeant d'une PME valorisée 2 000 000 €, en illustre chaque étape et le gain réel, dans le cadre fiscal durci de la loi de finances 2026.
Ce qu'il faut retenir
- Perçus en direct, 100 000 € de dividendes supportent 31.4% de PFU ; remontés en holding sous régime mère-fille, leur imposition tombe à 1.25% (1 250 € contre 31 400 €).
- L'apport-cession (article 150-0 B ter) place la plus-value d'apport en report d'imposition, sous condition de réinvestir 70% du prix de cession sous 2 ans et de le conserver 5 ans (seuils relevés en 2026).
- Sur 100 000 €, le capital réinvestissable passe de 68 600 € à 98 750 €, soit près de 49 000 € d'écart de capital à dix ans (hypothèse de 5% par an).
- Le pacte Dutreil ajoute un abattement de 75% à la transmission, avec un engagement individuel porté à 6 ans en 2026.
- Depuis les exercices clos à compter du 31 décembre 2026, les actifs non professionnels supérieurs à 5 000 000 € logés en holding subissent une taxe de 20%.
Le principe du montage en holding
Une holding est une société mère qui détient les parts d'une ou plusieurs sociétés filles. Elle n'exerce pas directement l'activité : elle encaisse les dividendes, porte les participations et sert de véhicule de réinvestissement. Deux familles coexistent, avec un impact fiscal déterminant. La holding animatrice participe à la conduite du groupe (stratégie, services aux filiales) : ses titres sont des biens professionnels, éligibles au pacte Dutreil et hors assiette de l'IFI. La holding passive se contente de détenir, et perd ces atouts de transmission.
Le choix de la forme juridique conditionne le traitement social du dirigeant. La SAS domine : les dividendes du président ne sont pas soumis aux charges sociales et la souplesse statutaire est maximale. La SARL convient au dirigeant qui privilégie le statut de travailleur non salarié via la gérance majoritaire, au prix de cotisations sur les dividendes au-delà de 10% du capital. L'arbitrage entre dividendes et salaires dépend du niveau de rémunération visé.
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Le cas de Marc : un dirigeant qui vend et réinvestit
Marc, 52 ans, détient 100% d'une PME valorisée 2 000 000 € pour un prix de revient de 50 000 €, soit une plus-value latente de 1 950 000 €. Il souhaite céder, réinvestir le produit et préparer la transmission à ses deux enfants. Le montage se déroule en quatre temps.
Étape 1 : la création de la holding et l'apport des titres
Marc constitue une holding SAS dont il détient l'intégralité du capital. Il lui apporte les titres de sa PME, plutôt que de les vendre en son nom propre. La holding détient désormais la société opérationnelle, et Marc détient la holding. Un commissaire aux apports évalue les titres, dont la valeur dépasse 30 000 €.
Étape 2 : l'apport-cession et le report d'imposition
L'apport déclenche l'article 150-0 B ter du CGI. La plus-value d'apport de 1 950 000 € est placée en report d'imposition : constatée, mais ni taxée ni prescrite. La holding vend ensuite la PME à un acquéreur pour 2 000 000 €. Comme la cession intervient moins de trois ans après l'apport, le report n'est maintenu qu'à une condition : réinvestir au moins 70% du prix (soit 1 400 000 €) dans les deux ans, au sein d'une activité économique éligible, et conserver ce réinvestissement cinq ans. Ces seuils ont été relevés par la loi de finances 2026 (contre 60% et un an auparavant).
En cession directe, la plus-value de 1 950 000 € aurait supporté le PFU de 31.4%, soit 612 300 € d'impôt immédiat. Le montage diffère cette charge et laisse travailler l'intégralité du produit.
Étape 3 : la remontée des dividendes en régime mère-fille
Une fois la holding dotée de participations opérationnelles, les dividendes remontent sous le régime mère-fille : exonération de 95%, seule une quote-part de frais et charges de 5% est réintégrée. À l'IS de 25%, l'imposition effective ressort à 1.25%. Sur 100 000 € de dividendes remontés, la holding acquitte 1 250 € d'IS, contre 31 400 € si Marc les percevait directement. La trésorerie conservée finance les projets suivants sans frottement intermédiaire.
Étape 4 : le réinvestissement de la trésorerie
Le réinvestissement obéit à deux logiques distinctes, qu'il faut dissocier. La fraction contrainte (les 70%, soit 1 400 000 €) doit financer une activité économique éligible : rachat d'une société opérationnelle, souvent avec effet de levier bancaire, ou souscription de fonds de private equity éligibles (FPCI, FCPR). L'immobilier locatif patrimonial et les SCPI n'ouvrent pas droit à ce réinvestissement éligible.
La fraction libre (le solde de 30%, ainsi que la trésorerie issue des dividendes mère-fille) se place sans contrainte : parts de SCI, SCPI, contrat de capitalisation ou portefeuille de titres. Cette souplesse de réemploi constitue le cœur de l'intérêt patrimonial du montage.
Avec ou sans holding ? Le comparatif
Sur une remontée de 100 000 € de dividendes, l'écart de trésorerie disponible pour réinvestir est immédiat.
L'écart initial de 30 150 € produit un effet boule de neige. À rendement égal de 5% par an, les 98 750 € conservés dans la holding atteignent environ 160 800 € en dix ans, contre 111 700 € pour les 68 600 € nets d'une perception directe. Le différentiel de trésorerie devient un différentiel de capital de près de 49 000 €, avant même de tenir compte des remontées annuelles répétées. Plus les flux se succèdent, plus l'écart se creuse.
Les atouts du montage au-delà de la fiscalité
Effet de levier bancaire. La holding emprunte pour racheter une société ou un actif, puis rembourse l'emprunt avec les dividendes remontés à 1.25%. Le service de la dette est assuré par une trésorerie quasi défiscalisée, ce qui accroît la capacité d'acquisition à revenu égal.
Transmission facilitée. Les parts de la holding se donnent progressivement. Sous pacte Dutreil, la valeur transmise bénéficie d'un abattement de 75%, sous réserve d'un engagement de conservation porté à 6 ans par la loi de finances 2026 (8 ans au total avec l'engagement collectif) et d'une holding animatrice. Une donation en démembrement avant 70 ans amplifie l'économie de droits.
Mutualisation de trésorerie. Entre plusieurs filiales, la holding centralise les excédents et les redéploie vers les entités qui investissent, via des conventions de trésorerie (cash pooling), sans distribution intermédiaire taxée.
Les points de vigilance
Le montage n'est puissant que s'il est piloté. Cinq réserves méritent attention :
- Le report n'est pas une exonération. Faute de réinvestir 70% du prix dans les deux ans et de le conserver cinq ans, le report tombe et la plus-value redevient taxable.
- Le risque d'abus de droit. Une holding sans substance, montée dans un but exclusivement fiscal, s'expose à une requalification par l'administration.
- Les coûts de structure. La comptabilité annuelle d'une holding à l'IS représente 800 à 2 000 € par an, hors commissaire aux comptes.
- La contrainte de liquidité. L'argent « dort » dans la holding : le sortir vers le patrimoine personnel suppose une distribution de dividendes de nouveau taxée à 31.4%.
- La taxe sur les holdings patrimoniales. Depuis les exercices clos à compter du 31 décembre 2026, une taxe de 20% frappe les actifs non professionnels (yachts, véhicules de luxe, résidences d'agrément) logés dans une holding dont ces actifs dépassent 5 000 000 €.
Questions fréquentes sur les montages via holding
Un montage en holding est-il réservé aux gros patrimoines ?
Non, mais il suppose des flux suffisants pour absorber les coûts de structure. En dessous d'une cession ou de dividendes récurrents de l'ordre de plusieurs centaines de milliers d'euros, l'économie fiscale ne couvre pas toujours la comptabilité et le suivi juridique. Le seuil de pertinence dépend du projet de réinvestissement, pas d'un montant théorique.
L'apport-cession permet-il d'échapper définitivement à l'impôt ?
Non. L'article 150-0 B ter accorde un report, pas une exonération. La plus-value reste latente : elle sera exigible si les conditions de réinvestissement ne sont pas respectées, ou lors d'un événement futur (cession des titres de la holding par exemple). Le dispositif diffère l'imposition et démultiplie le capital réinvesti, sans l'effacer.
Peut-on réinvestir le produit de cession dans l'immobilier ?
En partie seulement. Les 70% à réinvestir pour maintenir le report doivent financer une activité économique éligible, ce qui exclut l'immobilier locatif patrimonial et les SCPI. Le solde, ainsi que la trésorerie remontée en régime mère-fille, se placent en revanche librement, immobilier compris.
Combien coûte la mise en place d'un tel montage ?
La constitution de la holding et l'apport de titres se situent généralement entre 1 500 et 4 500 €, commissaire aux apports inclus. S'ajoute un coût récurrent de 800 à 2 000 € par an de comptabilité, davantage si un commissaire aux comptes est requis.
La holding permet-elle d'emprunter pour racheter une société ?
Oui. C'est l'un de ses usages majeurs : la holding contracte la dette et la rembourse avec les dividendes de la cible, remontés à 1.25% sous le régime mère-fille. Cet effet de levier accroît la capacité d'acquisition sans mobiliser davantage d'apport personnel.
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