Baromètre épargne 2026 : pourquoi jouer la sécurité peut coûter cher

Paul Garnier
Paul Garnier
10.06.2026
5 min
conseils d'épargne

La 8ᵉ édition du baromètre épargne 2026 d'Altaprofits, réalisée par l'IFOP auprès de 2 412 répondants entre le 30 mars et le 8 avril, dresse le portrait d'épargnants plus prudents que jamais. 95% détiennent au moins un produit d'épargne, mais une large majorité fuit le moindre risque. Dans un climat incertain, sécuriser paraît raisonnable. Poussé trop loin, ce réflexe se retourne pourtant contre celui qui l'adopte.

Ce qu'il faut retenir

Le baromètre 2026 ne décrit pas seulement des épargnants prudents, il révèle un coût rarement mesuré. Quelques enseignements pour décider plutôt que subir :

  • La sécurité absolue est une illusion : un capital protégé qui perd du pouvoir d'achat est un capital qui s'érode lentement.
  • Hiérarchiser plutôt que tout sécuriser : précaution disponible (3 à 6 mois), socle garanti, puis poche de diversification calibrée sur l'horizon.
  • La retraite est le risque le plus coûteux à ignorer : l'anticiper tôt coûte moins cher, car le temps fait le gros du travail.
  • Le bon arbitrage n'oppose pas sécurité et risque, mais risque subi et risque piloté.

Reste à placer ce curseur au bon endroit, ce qu'un diagnostic personnalisé permet de faire sans renier le besoin légitime de sécurité.

Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Toute décision gagne à s'appuyer sur une étude de situation individuelle.

L'aversion au risque s'aggrave, et c'est compréhensible

Ce que révèle le baromètre 2026

Le constat est net : 79% des épargnants privilégient des produits sans risque, contre 73% en 2024 et une progression continue depuis 2023. À l'autre extrémité, 3% seulement acceptent des produits très risqués pour viser un rendement élevé, un niveau en net recul depuis 2023. Entre les deux, 18% tolèrent des supports « un peu risqués ».

Ces chiffres décrivent une bascule collective vers la prudence. La question utile n'est pas de juger cette tendance, mais de s'y situer : quelle part de votre épargne dort sur des supports garantis, et depuis combien de temps ce curseur n'a-t-il pas bougé ?

Une prudence concentrée et humaine

L'aversion au risque n'est pas répartie au hasard. Elle se concentre chez les retraités (83%), les femmes (83% contre 74% des hommes) et les ménages modestes (85%). Pour Catherine Baudeneau, directrice marketing d'Altaprofits, cette prudence « ne résulte pas d'un regain de confiance, mais plutôt du fait que les populations les moins aisées ne voient pas d'autres alternatives ».

Avoir peur de perdre est rationnel quand le climat économique et géopolitique reste incertain. Le problème n'est pas la prudence elle-même, mais sa traduction concrète : confondre sécurité et immobilisme. Sécuriser ne devrait jamais signifier laisser son capital sans emploi.

Le compte courant, fausse sécurité qui appauvrit

13% laissent tout dormir sur le compte courant

Le baromètre relève un comportement frappant : 13% des Français conservent l'intégralité de leur épargne sur un compte courant, pour la deuxième année consécutive. Le phénomène est plus marqué chez les personnes âgées.

Or un compte courant ne rapporte rien, soit 0% de rendement. Tant que les prix augmentent, le pouvoir d'achat de cette épargne diminue chaque année. C'est une perte garantie, d'autant plus dangereuse qu'elle est invisible : le solde affiché ne bouge pas, mais ce qu'il permet d'acheter, lui, recule.

Même l'épargne « placée » rapporte peu

Migrer vers l'épargne réglementée ne règle pas tout. Le Livret A et le LDDS ont été abaissés à 1.5% au 1er février 2026. Or les prix à la consommation ont augmenté de 2.4% sur un an en mai 2026 selon l'Insee : ces livrets protègent le capital nominal mais affichent déjà un rendement réel négatif. Comprendre le fonctionnement et les plafonds du livret A reste une base utile, à condition de ne pas s'y arrêter.

Combien laisser réellement sur son compte courant ?

La règle de bon sens tient en une phrase : conserver une épargne de précaution de 3 à 6 mois de dépenses courantes, immédiatement disponible. Au-delà, l'argent dormant devrait rejoindre des supports rémunérateurs.

Cette logique se structure comme une pyramide :

  • Socle de précaution : 3 à 6 mois de dépenses sur livrets disponibles.
  • Étage sécurisé : épargne réglementée et fonds euros pour un horizon court.
  • Sommet de diversification : assurance-vie, SCPI ou PER pour faire travailler le capital sur le long terme.
Chaque étage répond à un besoin distinct. L'erreur n'est pas de garder du liquide, mais de tout y laisser.

La retraite, angle mort de la stratégie défensive

Un avenir anticipé comme dégradé, mais non préparé

La sur-sécurisation laisse un risque majeur à découvert : la retraite. Parmi les actifs, 75% anticipent une baisse de leur niveau de vie une fois la carrière terminée, soit 6 points de plus qu'en 2024.

Plus révélateur encore, 43% estiment que leurs revenus proviendront uniquement du système par répartition, un bond de 15 points en un an. Le paradoxe est saisissant : une majorité sait que son niveau de vie baissera, mais n'anticipe pas ce recul par une épargne dédiée.

L'angle mort de l'information

Cette inertie tient en partie à un déficit de connaissance. Seulement 30% des actifs connaissent le montant de leur future pension, et ce chiffre tombe à 22% en Auvergne-Rhône-Alpes, le plus bas niveau national. On ne prépare pas ce qu'on ne mesure pas : estimer sa pension future est la première étape concrète de tout arbitrage.

Le temps, allié de celui qui anticipe

La capitalisation longue change tout. Un effort d'épargne régulier, démarré tôt, pèse beaucoup moins qu'un rattrapage tardif, grâce aux intérêts qui se cumulent année après année. C'est précisément le terrain du plan d'épargne retraite (PER), dont l'avantage fiscal à l'entrée allège l'effort, et de l'assurance vie, plus souple car les fonds restent disponibles. Les deux enveloppes se combinent selon la situation.

Le coût caché de la sur-sécurisation, chiffres à l'appui

Sécurité ne veut pas dire absence de risque

Tout l'enjeu tient dans une distinction trop souvent ignorée : le risque absolu (perdre une partie de son capital nominal) et le risque relatif (perdre du pouvoir d'achat). Un placement « sans risque » à 1.5% face à une inflation de 2.4% en mai 2026 produit un rendement réel négatif, de l'ordre de -0.9 point par an.

La vraie question n'est donc pas « est-ce risqué ? » mais « ce risque est-il rémunéré et piloté ? ». Une épargne entièrement garantie n'élimine pas le risque : elle le déplace, du capital vers le pouvoir d'achat.

L'écart de rendement sur 10 à 15 ans

Sur la durée, l'écart devient considérable. À titre illustratif, pour un capital de 100 000 € placé sans nouvel apport, voici la projection entre un livret à 1.5% et une allocation diversifiée visant 4% par an en moyenne.

Support Capital après 10 ans Capital après 15 ans
Livret à 1.5% 116 000 € 125 000 €
Allocation diversifiée à 4% 148 000 € 180 000 €
Écart 32 000 € 55 000 €
À 15 ans, l'écart atteint 55 000 € sur la mise initiale, soit plus de la moitié du capital de départ.

Ces projections sont illustratives : une allocation diversifiée comporte un risque de perte en capital et les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Une « stratégie défensive » subie plutôt que choisie

Derrière une épargne élevée se cache souvent une stratégie défensive, davantage qu'une recherche de performance. Sortir de cette paralysie ne signifie pas tout risquer : il s'agit de calibrer le risque selon l'horizon et le profil, pour qu'il devienne un moteur de rendement plutôt qu'une menace.

Des inégalités d'épargne qui se creusent

Les disparités territoriales illustrent ces écarts d'accès à une épargne qui travaille. En Bourgogne-Franche-Comté, 83% privilégient le sans-risque et 70% les livrets réglementés, tandis que 8% seulement détiennent un plan d'épargne en actions (contre 13% au national) et 2% des parts de SCPI. En Auvergne-Rhône-Alpes, 77% restent sur des placements garantis et 22% seulement connaissent le montant de leur future retraite. Le plan d'épargne en actions (PEA) comme les supports immobiliers restent largement sous-utilisés. Profils, territoires et niveaux de vie creusent l'écart : l'arbitrage gagne à être personnalisé.

Questions fréquentes sur l'épargne sécurisée

Un placement « sans risque » peut-il faire perdre de l'argent ?

Un placement « sans risque » peut faire perdre de l'argent en pouvoir d'achat. Si son rendement, par exemple 1.5% sur un livret, reste inférieur à l'inflation (2.4% sur un an en mai 2026), le rendement réel devient négatif. Le capital nominal est préservé, mais ce qu'il permet d'acheter diminue chaque année.

Pourquoi les Français privilégient-ils autant la sécurité en 2026 ?

Les Français privilégient la sécurité en 2026 sous l'effet d'un climat d'incertitude économique et géopolitique et, pour les ménages les moins aisés, d'une absence d'alternative perçue. Le baromètre Altaprofits/IFOP y voit une posture défensive plus qu'une recherche de performance, avec 79% des épargnants tournés vers des produits garantis.

Comment commencer à diversifier sans prendre trop de risques ?

Pour commencer à diversifier sans prendre trop de risques, il faut définir un horizon et un profil, conserver son épargne de précaution, puis introduire progressivement une poche diversifiée. Assurance-vie, SCPI ou supports financiers se calibrent selon la durée de placement et la tolérance au risque, sans engager la totalité du capital d'un coup.

Faut-il privilégier le PER ou l'assurance-vie pour préparer la retraite ?

Pour préparer la retraite, le PER et l'assurance-vie sont complémentaires. Le plan d'épargne retraite offre un avantage fiscal à l'entrée mais bloque les fonds jusqu'à la retraite, sauf cas de déblocage anticipé. L'assurance-vie reste disponible et souple à tout moment. Le bon dosage dépend de la situation fiscale et du besoin de liquidité.

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Paul Garnier est un expert en stratégie patrimoniale et financière, spécialisé dans l’accompagnement des particuliers et des chefs d’entreprise.
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