En novembre 2025, des millions de retraités ont retenu leur souffle. Le projet de loi de finances proposait de supprimer l'abattement de 10% sur les pensions pour le remplacer par un forfait unique. Le 13 novembre 2025, les députés ont rejeté la mesure. L'abattement est donc maintenu pour 2026. Reste une question que cet épisode laisse ouverte : pour combien de temps ce dispositif, qui pèse lourd dans les comptes publics, résistera-t-il aux prochains arbitrages budgétaires ?
Ce qu'il faut retenir
- L'abattement de 10% est maintenu en 2026 : aucun changement n'affecte la déclaration des revenus 2025.
- La bascule de la réforme avortée se situait autour de 20 000 € de pension annuelle : retenir ce seuil aide à évaluer son exposition à un éventuel retour du sujet.
- Les pensions supérieures à 25 000 € sont les plus vulnérables à une future suppression : pour ces foyers, la diversification des revenus n'est pas un luxe mais une couverture.
- L'abattement agit sur le revenu fiscal de référence, donc sur des droits sociaux et locaux : tout arbitrage doit intégrer cet effet en cascade, pas seulement l'impôt sur le revenu.
- Le maintien 2026 est un répit budgétaire, pas une garantie : la même mesure peut revenir dès le projet de loi de finances pour 2027.
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L'abattement de 10%, un mécanisme automatique souvent mal connu
Un calcul plafonné par foyer fiscal
L'abattement de 10% s'applique automatiquement au montant des pensions déclarées. Aucune démarche n'est nécessaire : l'administration fiscale le calcule directement à partir des sommes reportées. Il réduit la base imposable avant application du barème de l'impôt sur le revenu.
Ce taux de 10% n'est pas illimité. Pour les revenus 2025 (déclaration 2026), l'abattement est encadré par un plancher de 454 € par titulaire de pension et un plafond de 4 439 € par foyer fiscal. Ces montants sont revalorisés chaque année dans la même proportion que le barème de l'impôt. Concrètement, le plafond est atteint dès qu'un foyer déclare environ 44 400 € de pensions annuelles : au-delà, l'avantage cesse de progresser.
Les pensions concernées, et celles qui en sont exclues
L'abattement couvre un périmètre large. Sont concernées :
- les pensions de retraite de base et complémentaires
- les pensions de réversion versées au conjoint survivant
- les pensions d'invalidité imposables
- certaines rentes viagères à titre gratuit
À l'inverse, plusieurs prestations restent hors champ : l'allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA), les rentes d'accidents du travail exonérées, ainsi que les rentes viagères à titre onéreux, soumises à leur propre régime.
Un effet de levier sur le revenu fiscal de référence
L'enjeu dépasse le seul impôt sur le revenu. En réduisant la base imposable, l'abattement abaisse aussi le revenu fiscal de référence (RFR). Or ce RFR conditionne de nombreux droits : éligibilité à certaines exonérations de taxe foncière, accès à la complémentaire santé solidaire, taux des prélèvements sociaux sur les pensions, ou encore plafonds d'aides locales. Supprimer ou réduire l'abattement aurait donc produit un effet en cascade, bien au-delà de la feuille d'impôt.
Ce qui a failli changer : le forfait unique de 2 000 €
Une réforme rejetée le 13 novembre 2025
L'article 6 du projet de loi de finances pour 2026 proposait de remplacer l'abattement proportionnel de 10%, plafonné à 4 439 €, par un forfait fixe de 2 000 € par retraité. L'argument avancé était double : un rendement budgétaire estimé à 1.2 milliard d'euros et une logique redistributive, le forfait favorisant les petites pensions pour financer une baisse d'impôt en faveur de 1.6 million de retraités modestes.
Le 13 novembre 2025, l'Assemblée nationale a rejeté largement cette transformation. Une coalition transpartisane s'est formée contre la mesure, réunissant des sensibilités habituellement opposées. Résultat : le dispositif historique a été conservé en l'état pour l'imposition des revenus 2025. Aucune réforme de l'abattement n'entre donc en vigueur en 2026.
Gagnants et perdants : où se situe la bascule ?
Le passage à un forfait de 2 000 € n'aurait pas affecté tous les retraités de la même façon. La ligne de partage se situe autour de 20 000 € de pension annuelle : c'est le montant pour lequel 10% de la pension égalent exactement 2 000 €. En deçà, le forfait aurait été plus généreux ; au-delà, il aurait alourdi l'impôt.
Les perdants les plus exposés auraient été les retraités aux pensions confortables, entre 25 000 € et 50 000 € par an, soit une part significative des cadres et professions intermédiaires de la fonction publique comme du privé. Pour un foyer déclarant 35 000 € de pension, la perte d'abattement de 1 500 € se serait traduite par un surcroît d'impôt de l'ordre de 165 à 450 € selon la tranche marginale d'imposition.
Menace de réforme : pourquoi le sujet reviendra
Le rejet de novembre 2025 ne clôt pas le débat. L'abattement de 10% sur les pensions constitue une dépense fiscale majeure, chiffrée à plusieurs milliards d'euros par an. Dans un contexte de déficit public durablement supérieur à 3% du PIB, ce type de niche figure mécaniquement parmi les cibles récurrentes des arbitrages budgétaires.
L'histoire récente le confirme : la mesure avait déjà été évoquée lors de précédents budgets avant de revenir en 2025. Rien ne garantit qu'elle ne réapparaîtra pas dans le projet de loi de finances pour 2027, sous la même forme ou sous une variante. Pour un patrimoine constitué, le maintien de l'abattement en 2026 doit donc se lire comme un répit, non comme une garantie pérenne. L'enjeu n'est pas de s'alarmer, mais d'anticiper.
Anticiper plutôt que subir : les leviers patrimoniaux
La fiscalité des pensions n'est qu'une composante de la fiscalité globale d'un foyer retraité. Plusieurs leviers permettent d'en réduire la sensibilité à une réforme future, particulièrement pour les pensions élevées qui auraient été les premières touchées.
Piloter le revenu fiscal de référence
Le premier levier consiste à piloter le revenu fiscal de référence. Diversifier ses sources de revenus vers des enveloppes à fiscalité maîtrisée limite l'exposition. L'assurance vie reste à cet égard un outil central : après huit ans, les rachats bénéficient d'un abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple, et ses prélèvements sociaux demeurent à 17.2%, contre 18.6% sur la plupart des placements financiers depuis 2026.
Maîtriser le rythme des retraits
Le deuxième levier tient au rythme et à la forme des retraits. Plutôt que de subir une fiscalité figée, lisser ses rachats dans le temps permet de maîtriser sa tranche marginale d'imposition année après année. Le contrat de capitalisation offre une souplesse comparable tout en facilitant la transmission.
Arbitrer son épargne retraite
Le troisième levier concerne l'épargne dédiée à la retraite. Le plan épargne retraite conserve son intérêt en phase de constitution, mais une vigilance s'impose : depuis 2026, les versements ne sont plus déductibles au-delà de 70 ans et ses produits supportent des prélèvements sociaux à 18.6%. Bien préparer sa retraite suppose donc d'arbitrer en amont entre compléments de revenus capitalisés et sortie en rente. Pour les profils proches du départ, un point d'étape sur les placements adaptés aux seniors permet d'aligner horizon, liquidité et fiscalité.
Questions fréquentes sur l'abattement de 10% des retraites
L'abattement de 10% sur les pensions est-il supprimé en 2026 ?
Non. La suppression de l'abattement de 10%, proposée dans le projet de loi de finances pour 2026, a été rejetée par l'Assemblée nationale le 13 novembre 2025. Le dispositif est maintenu pour l'imposition des revenus 2025. Les retraités continuent de bénéficier de l'abattement proportionnel dans les conditions habituelles.
Quel est le montant maximum de l'abattement sur les pensions ?
Pour les revenus 2025 (déclaration 2026), l'abattement de 10% est encadré par un plancher de 454 € par titulaire de pension et un plafond de 4 439 € par foyer fiscal. Le plafond s'apprécie au niveau du foyer, tandis que le plancher s'applique à chaque titulaire. Ces montants sont revalorisés chaque année comme le barème de l'impôt sur le revenu.
La pension de réversion bénéficie-t-elle de l'abattement de 10% ?
Oui. La pension de réversion versée au conjoint survivant entre dans l'assiette de l'abattement de 10%, au même titre que les pensions de retraite de base et complémentaires. L'allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA), en revanche, n'y ouvre pas droit.
Faut-il faire une démarche pour obtenir l'abattement de 10% ?
Non. L'abattement est appliqué automatiquement par l'administration fiscale à partir des pensions déclarées. Aucune case spécifique ni justificatif n'est requis. Il convient simplement de vérifier l'exactitude des montants préremplis sur la déclaration de revenus.
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