Frais des produits structurés : ce que révèle l'étude de l'ACPR et de l'AMF

Pierre Barbe
Pierre Barbe
26.06.2026
5 min
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Le Pôle commun de l'ACPR et de l'AMF a publié en juin 2026 la synthèse d'une étude consacrée à la distribution, aux frais et à la performance des produits structurés (voir le document). Le constat est chiffré : sur 51 produits analysés, le coût d'entrée moyen atteint 5.83%, avec des écarts allant de 1.20% à 13.16% selon le distributeur. Les frais des produits structurés, rarement visibles pour l'épargnant, pèsent directement sur le rendement. Pour ces produits structurés logés dans une assurance-vie ou un compte-titres, comprendre le coût réel devient déterminant avant toute souscription.

Ce qu'il faut retenir

  • Un coût d'entrée moyen de 5.83% n'est jamais neutre : il s'amortit d'autant plus mal que le produit est rappelé tôt. Mieux vaut raisonner en rendement net annualisé qu'en taux facial.
  • L'opacité des frais est structurelle : exiger systématiquement une ventilation produit/service, une présentation annualisée et la mention des rétrocessions.
  • Le cadre réglementaire protège le marché cible mais ne dispense pas de vérifier soi-même l'adéquation au profil et la liquidité réelle.
  • La valeur d'un conseil se mesure aussi à sa capacité à réduire et expliciter le coût : entre 1.20% et 13.16%, l'écart de frais dépasse souvent l'écart de qualité.
  • Intégrer un produit structuré suppose de le penser comme une brique d'allocation, arbitrée sur le couple coût/protection, et non comme un placement isolé.

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Les résultats de l'étude publiée en juin 2026

L'étude prolonge la cartographie du marché publiée en 2025. Elle ne se limite plus aux volumes : elle ausculte les coûts, la performance et les circuits de distribution de produits vendus aux particuliers.

Un échantillon analysé sur toute la chaîne de distribution

L'analyse porte sur 51 produits commercialisés entre 2023 et le premier semestre 2025. Les acteurs interrogés couvrent l'ensemble de la chaîne : émetteurs, assureurs et distributeurs, sélectionnés selon leur représentativité. Une réserve méthodologique accompagne les résultats : la période étudiée correspond à des marchés haussiers. Les chiffres obtenus ne préjugent donc pas de ceux qu'on observerait en phase de baisse, où le coût d'un produit pèse encore plus lourd sur le capital récupéré.

Des coûts d'entrée de 1.20% à 13.16%

Le résultat central tient dans une fourchette : le coût d'entrée total s'étire de 1.20% à 13.16%, pour une moyenne de 5.83%. L'écart, qui va du simple à plus de dix fois, dépend des modalités de distribution et de la typologie du distributeur. Deux investisseurs peuvent supporter des coûts très différents pour un produit comparable, sans que l'écart soit lisible.

Indicateur Valeur relevée par l'étude
Produits analysés 51 produits (2023 au 1er semestre 2025)
Coût d'entrée minimum 1.20%
Coût d'entrée maximum 13.16%
Coût d'entrée moyen 5.83%

Pourquoi le coût réel reste difficile à voir

L'opacité n'est pas un accident : elle découle de la manière même dont ces produits sont construits. Trois mécanismes expliquent que l'épargnant peine à chiffrer ce qu'il paie.

Des frais fondus dans la structuration du produit

Les frais ne font généralement pas l'objet d'une facturation séparée. Ils sont intégrés à la structuration financière du produit, c'est-à-dire incorporés dans les conditions de rendement et de protection affichées. L'investisseur ne voit donc pas une ligne « frais » comparable à celle d'un fonds classique : le coût est dilué dans la mécanique du produit, qu'il s'agisse d'un EMTN ou d'un autre format. Cette intégration rend la comparaison entre offres particulièrement ardue.

Un prélèvement à l'entrée, indépendant de la durée réelle

Deuxième particularité : ces frais sont payés intégralement lors de l'acquisition. Ils ne varient pas selon la durée de vie effective du produit. Or, un produit structuré peut être rappelé par anticipation au bout de quelques mois (autocall) comme courir jusqu'à son échéance lointaine. Dans le premier cas, un coût d'entrée élevé se trouve amorti sur une période très courte, ce qui dégrade fortement le rendement annualisé réellement perçu.

Rétrocessions et coûts de service rarement ventilés

Le régulateur pointe enfin des lacunes d'information. Parmi les manquements relevés figurent l'absence de ventilation claire entre le coût du produit et le coût du service, ainsi que l'absence de mention des rétrocessions perçues du producteur. Sans cette décomposition, l'épargnant ignore quelle part de ses frais rémunère la fabrication du produit et quelle part rémunère sa distribution.

Un impact direct sur la performance nette

Ces coûts ne sont pas théoriques : ils se lisent dans la performance. L'étude relève que le rendement des produits analysés est en moyenne inférieur à celui des marchés sur la période 2022-2024. Deux facteurs l'expliquent : le poids des coûts et la protection, totale ou conditionnelle, du capital à l'échéance.

Cette sous-performance n'est pas une anomalie, c'est une contrepartie. Un produit qui amortit une partie des baisses de marché renonce mécaniquement à une part de la hausse. Le coût d'entrée vient s'ajouter à ce renoncement. Pour un produit à capital garanti, la question n'est donc pas seulement « le capital est-il protégé ? », mais « à quel prix, et ce prix est-il justifié au regard de l'horizon ? ».

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Les exigences rappelées par le régulateur

Au-delà du constat chiffré, le Pôle commun rappelle aux professionnels les obligations qui encadrent la commercialisation de ces produits et signale des situations de non-conformité.

Un marché cible précis et un marché cible négatif

Les marchés cibles doivent être suffisamment précis et adaptés aux profils visés, au regard de l'horizon d'investissement, de la capacité à subir des pertes et de la tolérance au risque. Depuis le 1er janvier 2024, les assureurs doivent en outre définir un marché cible négatif spécifique pour les unités de compte complexes. En tant que concepteurs de contrats et référenceurs de ces supports, ils doivent assurer un suivi des produits après leur commercialisation, et non au seul moment de la vente. Ces obligations valent en particulier pour les produits structurés en assurance vie.

Une information sur les frais claire, exacte et non trompeuse

L'information remise au client, notamment sur les frais, doit être claire, exacte et non trompeuse. Les manquements relevés portent sur la présentation annualisée des frais, sur la ventilation produit/service et sur la mention des rétrocessions. Les situations de non-conformité détectées font l'objet d'actions de supervision bilatérales, et les autorités annoncent une vigilance maintenue sur la commercialisation.

Les bonnes pratiques relevées

L'étude identifie aussi des pratiques vertueuses :

  • La vérification des compétences des distributeurs finaux par les distributeurs intermédiaires.
  • L'encadrement du référencement des produits complexes en assurance-vie via un cahier des charges.
  • La mise à disposition d'annexes de souscription spécifiques, destinées à attirer l'attention du client sur les risques et caractéristiques essentielles.

Le rôle déterminant du conseiller patrimonial

Le régulateur lui-même qualifie le rôle du distributeur d'essentiel. Pour un investisseur disposant d'un patrimoine significatif, l'enjeu n'est pas d'écarter les produits structurés par principe, mais de les acheter au bon prix et au bon endroit dans une allocation.

Identifier et comparer les couches de frais

Un conseiller en gestion de patrimoine décompose des coûts que l'investisseur ne distingue pas seul : structuration, distribution, rétrocessions. Cette lecture permet de comparer des offres en apparence semblables et de situer un produit dans la fourchette observée par l'étude, entre 1.20% et 13.16%. Un même sous-jacent, proposé sous forme d'un fonds structuré ou d'un titre de créance, n'emporte pas les mêmes frais ni la même liquidité : l'arbitrage se fait sur le coût net rapporté à l'horizon.

Vérifier l'adéquation au profil et la compréhension du risque

L'exigence réglementaire rejoint le bon sens : un investisseur particulier ne devrait pas souscrire un produit dont il ne maîtrise pas le fonctionnement, les conditions de performance et les risques de perte. Selon l'évolution des marchés et la situation de l'émetteur, la perte peut être partielle ou totale. Le conseil consiste précisément à vérifier que le produit correspond à la tolérance au risque et aux objectifs du client, et que ce dernier a compris ce à quoi il s'expose.

Questions fréquentes sur les frais des produits structurés

Quel est le coût moyen d'un produit structuré ?

Le coût d'entrée moyen d'un produit structuré s'établit à 5.83% selon l'étude du Pôle commun ACPR-AMF, avec une fourchette allant de 1.20% à 13.16% sur les 51 produits analysés. L'écart dépend des modalités de distribution et du type de distributeur.

Pourquoi les frais d'un produit structuré sont-ils difficiles à identifier ?

Les frais d'un produit structuré sont difficiles à identifier parce qu'ils sont intégrés à la structuration financière du produit plutôt que facturés séparément. Ils sont prélevés à l'entrée, ne varient pas selon la durée réelle et sont rarement ventilés entre coût du produit et coût du service.

Les produits structurés sont-ils plus rentables que la Bourse ?

Sur la période 2022-2024, la performance moyenne des produits structurés analysés est inférieure à celle des marchés. Cet écart s'explique par le poids des coûts et par la protection, totale ou conditionnelle, du capital, qui limite la participation à la hausse.

Un produit structuré peut-il faire perdre du capital ?

Oui. Selon l'évolution des marchés et la situation de l'émetteur, un produit structuré peut entraîner une perte partielle ou totale du capital investi. La protection éventuelle dépend de conditions précises qu'il faut comprendre avant de souscrire.

Pourquoi se faire accompagner pour investir en produit structuré ?

Se faire accompagner permet d'identifier et de comparer des frais opaques, de vérifier l'adéquation au profil de risque et de comprendre les scénarios de perte. Le régulateur juge d'ailleurs le rôle du distributeur essentiel pour s'assurer que le produit convient au client et que celui-ci en mesure les risques.

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Pierre Barbe est un spécialiste en stratégie d’investissement et en ingénierie patrimoniale.
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