La loi Coluche permet de retrancher 75% d'un don de son impôt sur le revenu, dans la limite de 2 000 € par an depuis le 14 octobre 2025, contre 1 000 € auparavant. Un versement de 2 000 € à une association d'aide aux personnes en difficulté revient donc à 500 € réellement supportés par un foyer imposable. Le mécanisme n'a rien à voir avec une donation consentie à un proche, qui relève de la fiscalité des transmissions. Il obéit à ses propres règles : un plafond apprécié par foyer fiscal, un second seuil exprimé en part du revenu, et une date de versement qui détermine l'année d'imputation.
La loi Coluche, c'est quoi exactement ?
Une idée lancée à la télévision en 1986
En janvier 1986, sur TF1, Coluche, qui a créé les Restos du Cœur quatre mois plus tôt, formule un constat resté célèbre : les foyers les plus modestes donnent proportionnellement le plus et ne bénéficient d'aucun avantage fiscal. Sa proposition tient en une ligne : une déduction de 70% du don, plafonnée à 1 000 francs, comme le rappelle l'historique publié par les Restos du Cœur.
Une loi votée à l'unanimité, deux ans après la mort de son initiateur
Coluche meurt en juin 1986. François Mitterrand s'engage auprès de Véronique Colucci, alors présidente de l'association, et le ministre du Budget Michel Charasse inscrit la mesure dans la loi de finances pour 1989. Le Parlement l'adopte à l'unanimité le 20 octobre 1988, dans une version plus prudente que l'idée d'origine : 50% de réduction dans la limite de 400 francs.
Le nom usuel prête à confusion. Il n'existe pas de loi Coluche autonome dans le droit français : il s'agit d'un régime dérogatoire logé au sein du régime général des dons, à l'article 200 du code général des impôts (CGI). Les textes fiscaux parlent de « dispositif Coluche ».
Les grandes étapes du dispositif :
- 1985 : création des Restos du Cœur
- janvier 1986 : l'idée d'un avantage fiscal lancée à la télévision
- 20 octobre 1988 : vote à l'unanimité, 50% dans la limite de 400 francs
- avril 2020 : plafond porté de 552 € à 1 000 € pendant la crise sanitaire, puis reconduit chaque année
- février 2025 : champ élargi à l'accompagnement des victimes de violences conjugales et à leur relogement
- 14 octobre 2025 : plafond porté à 2 000 €
- 2026 : première année civile complète au nouveau plafond
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Qui peut en bénéficier, et pour quels dons ?
La condition de domiciliation fiscale en France
Le bénéficiaire est une personne physique fiscalement domiciliée en France et redevable de l'impôt sur le revenu. Il s'agit d'une réduction, pas d'un crédit d'impôt. Un foyer dont l'impôt est nul ne perçoit aucun remboursement, et l'avantage n'est pas reportable à ce titre. La conversion du dispositif en crédit d'impôt, discutée au Parlement fin 2025, n'a pas abouti.
Un foyer non imposable qui donne 2 000 € supporte 2 000 €. Le geste garde toute sa valeur, mais il ne produit aucun effet fiscal.
Les organismes éligibles au taux de 75%
L'organisme doit être sans but lucratif et fournir gratuitement à des personnes en difficulté au moins l'une des prestations suivantes :
- des repas ;
- des soins médicaux ;
- une aide au logement, hébergement d'urgence ou relogement ;
- l'accompagnement des victimes de violences conjugales, aide au relogement comprise, pour les versements effectués depuis le 15 février 2025 ;
- la fourniture de biens de première nécessité : meubles, équipements, produits d'hygiène.
Entrent notamment dans ce champ les Restos du Cœur, le Secours populaire, le Secours catholique, la Croix-Rouge française, les Banques alimentaires, Emmaüs, Médecins du Monde, la Fondation Abbé Pierre, ainsi que de nombreuses structures locales de solidarité.
66% ou 75% : la mention à vérifier sur le reçu fiscal
Le taux de 75% n'est pas le régime de droit commun. La très grande majorité des associations, dans la culture, le sport, l'environnement, la recherche, l'enseignement ou la protection animale, relève du taux de 66%, lui aussi plafonné à 20% du revenu imposable. Une association ne devient pas éligible parce qu'elle est utile : elle doit fournir une aide gratuite de première nécessité. Le taux applicable figure sur le reçu fiscal émis par l'organisme, c'est le réflexe de vérification à prendre avant de déclarer.
Les formes de dons admises ne se limitent pas au versement en numéraire : dons en nature, abandon de revenus comme des loyers ou des droits d'auteur, frais de bénévolat non remboursés, frais kilométriques compris. Les contreparties (biens ou avantages reçus en échange du don) restent tolérées tant que leur valeur demeure modique au regard du versement.
Combien un don coûte-t-il réellement ?
Le calcul jusqu'à 2 000 €
Calculs établis pour un foyer dont l'impôt sur le revenu est au moins égal à la réduction. Barème en vigueur au 7 septembre 2026.
Le doublement du plafond intervenu le 14 octobre 2025 produit un effet peu commenté, et pourtant décisif au moment d'arbitrer le montant d'un versement.
Le passage de 1 000 € à 2 000 € de don coûte 250 € de plus au donateur, mais apporte 1 000 € de plus à l'association. Sur la seconde tranche de 1 000 €, l'État finance 750 €.
Au-delà du plafond, la cascade à 66%
Le surplus n'est jamais perdu. Au-delà de 2 000 €, l'administration l'ajoute d'office aux versements relevant du taux de 66%, sans démarche ni ligne supplémentaire à remplir. Deux limites structurent ensuite le calcul.
Le plafond de 2 000 € s'apprécie par foyer fiscal, pas par personne. Un couple marié ou pacsé soumis à imposition commune dispose d'un seul plafond, pas de deux : c'est l'erreur de lecture la plus répandue.
Le second seuil, celui des 20% du revenu imposable, appelle une précision que la plupart des pages consacrées au sujet présentent de travers. Les versements ouvrant droit au taux de 66% ne sont retenus que dans cette limite, mais les 2 000 € relevant du taux de 75% n'entrent pas dans ce calcul : ils s'y ajoutent. Pour un revenu imposable de 60 000 €, un foyer peut donc verser 2 000 € à 75% puis 12 000 € à 66%, soit 14 000 € de dons ouvrant droit à réduction la même année.
En cas de dépassement du seuil de 20%, la fraction excédentaire s'impute sur les cinq années suivantes, au taux de 66%, les reports les plus anciens étant retenus en priorité. Le don devient alors un outil de lissage pluriannuel, particulièrement pertinent l'année d'une cession d'actifs ou d'un revenu exceptionnel.
Un avantage exclu du plafonnement des niches fiscales
Les dons échappent au plafonnement global des avantages fiscaux de 10 000 € prévu à l'article 200-0 A du CGI. Ils se cumulent donc intégralement avec les autres dispositifs d'un foyer, qu'il s'agisse de l'emploi d'un salarié à domicile, d'un investissement locatif ou des versements sur un plan épargne retraite (PER), dont la logique est d'ailleurs différente puisqu'ils réduisent le revenu imposable au lieu d'ouvrir droit à une réduction d'impôt.
Déclaration du don et calendrier de versement
Les cases à connaître
La déclaration distingue les régimes selon la nature de l'organisme bénéficiaire :
- 7UD : dons aux organismes d'aide aux personnes en difficulté, régime Coluche à 75% ;
- 7UF : dons aux autres organismes d'intérêt général, taux de 66% ;
- 7UQ : case créée pour la seule campagne 2026, afin de séparer les dons versés du 14 octobre au 31 décembre 2025, éligibles au plafond de 2 000 €, de ceux versés plus tôt dans l'année sous plafond de 1 000 €.
Le plafond étant désormais uniforme sur toute l'année, cette dernière case n'a plus d'objet pour les dons de 2026 : la notice publiée au printemps 2027 fera foi. Le basculement du surplus vers la case à 66% est opéré par l'administration elle-même.
Le reçu fiscal ne se joint pas à la déclaration, mais se conserve au moins trois ans en cas de demande de l'administration. Les organismes l'adressent généralement entre février et avril.
L'impact de la date du versement sur l'année d'imputation
Ce qui compte, c'est la date du versement : la date de la transaction pour un paiement en ligne, la date d'envoi pour un chèque, la date du débit pour un virement. Un don du 2 janvier 2027 n'ouvrira droit à réduction qu'en 2028.
Le prélèvement à la source ajoute un second effet. Le taux mensuel est calculé sans tenir compte des réductions d'impôt : l'administration verse donc à la mi-janvier un acompte de 60%, calculé à partir de la dernière déclaration déposée, donc sur les dons de l'avant-dernière année. Le solde intervient à l'été. Un donateur régulier récupère son avantage six mois plus tôt qu'un donateur de dernière minute, ce qui plaide pour le prélèvement mensuel.
Trois vérifications s'imposent avant le 31 décembre 2026 :
- le cumul des versements déjà effectués dans l'année, tous organismes confondus ;
- l'ajustement du dernier don pour utiliser pleinement le plafond de 2 000 € ;
- le paiement en ligne, à privilégier dans les tout derniers jours plutôt qu'un chèque.
Trois situations particulières : IFI, revenu exceptionnel, entreprise
Vous êtes redevable de l'impôt sur la fortune immobilière
Un dispositif distinct, prévu à l'article 978 du CGI, ouvre droit à une réduction d'impôt sur la fortune immobilière (IFI) de 75%, plafonnée à 50 000 € de réduction par an, soit environ 66 667 € de don utile, et sans limite de 20% du revenu. Quatre points de vigilance :
- la liste des organismes éligibles est fermée et bien plus étroite : fondations reconnues d'utilité publique, établissements de recherche et d'enseignement supérieur, structures d'insertion par l'activité économique, entreprises de microfinance, fonds de dotation. Une association d'aide alimentaire éligible au taux de 75% à l'impôt sur le revenu ne l'est pas automatiquement à l'IFI ;
- un même versement ne peut pas ouvrir droit aux deux réductions : le choix se fait don par don, quitte à fractionner ;
- l'excédent de réduction d'IFI n'est ni remboursé ni reportable, contrairement au report de cinq ans applicable à l'impôt sur le revenu ;
- le calendrier diffère : le don doit intervenir avant la date limite de déclaration d'IFI, en juin, et non avant le 31 décembre.
Vous percevez un revenu exceptionnel
Cession d'entreprise, plus-value importante, prime de départ : le seuil de 20% du revenu imposable étant mécaniquement plus élevé, c'est l'année où un don significatif produit son plein effet fiscal, avec le report sur cinq ans comme filet de sécurité en cas de dépassement.
Vous dirigez une entreprise
Le mécénat d'entreprise relève de l'article 238 bis du CGI : réduction d'impôt de 60% jusqu'à 2 millions d'euros de dons, puis 40% au-delà, dons en nature compris, dans la limite du plus élevé des deux montants suivants : 20 000 € ou 0.5% du chiffre d'affaires hors taxes. Donner à titre personnel à 75% ou via la société à 60% n'emporte pas le même effet selon la structure de rémunération du dirigeant : l'arbitrage se pose au cas par cas.
Les cinq erreurs à éviter
- La croyance qu'un couple a droit à 4 000 €. Le plafond de 2 000 € s'apprécie par foyer fiscal, pas par conjoint.
- L'attente d'un avantage sans être imposable. La réduction ne donne lieu à aucun remboursement lorsque l'impôt est nul.
- La supposition que toutes les associations ouvrent droit à 75%. La grande majorité relève du taux de 66%, la mention figure sur le reçu fiscal.
- Un don par chèque le 30 décembre. C'est la date d'envoi qui compte, et le rattachement à l'année suivante est un risque réel. Le paiement en ligne l'écarte.
- La destruction des reçus fiscaux. Ils ne s'envoient pas, mais se conservent trois ans. Sans reçu, la réduction peut être remise en cause lors d'un contrôle.
Ce qu'il faut retenir
- Le plafond de 2 000 € change l'arbitrage, pas seulement le montant. La seconde tranche de 1 000 € est financée à 75% par l'État : le calibrage se raisonne à partir du plafond, non de l'habitude des années précédentes.
- Le vrai plafond n'est pas 2 000 €. L'articulation entre la fraction à 75% et celle à 66%, limitée à 20% du revenu imposable, ouvre une capacité de don bien supérieure aux foyers à revenus élevés. C'est cette mécanique qui détermine le montant utile.
- L'exclusion du plafonnement des niches permet un cumul intégral. Le don s'ajoute aux autres dispositifs sans les concurrencer, ce qui le distingue de la plupart des réductions d'impôt.
- La générosité se pilote dans le temps. Report sur cinq ans, acompte de janvier, année de revenu exceptionnel, arbitrage entre impôt sur le revenu et IFI : les paramètres de calendrier pèsent souvent plus que le choix de l'organisme.
- Aucun avantage fiscal ne justifie un don à lui seul. L'économie d'impôt réduit le coût du geste, elle ne le rentabilise pas.
Au-delà du versement annuel, la générosité se structure comme le reste du patrimoine. Une clause bénéficiaire d'assurance vie rédigée au profit d'une association, un legs ou un fonds de dotation relèvent d'une logique de transmission, non de fiscalité annuelle. Un don consenti dans les douze mois suivant un décès vient, lui, en déduction de l'actif taxable aux droits de succession.
Questions fréquentes sur la loi Coluche
Quel est le plafond de la loi Coluche en 2026 ?
Le plafond s'établit à 2 000 € par foyer fiscal et par an, pour les dons effectués depuis le 14 octobre 2025. Il était fixé à 1 000 € depuis avril 2020, et à 552 € auparavant. Les versements excédant 2 000 € basculent automatiquement au taux de 66%.
Quelle différence entre la réduction de 66% et celle de 75% ?
Le taux de 75% est réservé aux organismes d'aide aux personnes en difficulté, dans la limite de 2 000 €. Le taux de 66% constitue le régime de droit commun des dons aux organismes d'intérêt général, retenu dans la limite de 20% du revenu imposable. Le reçu fiscal précise le régime applicable.
Un couple a-t-il droit à deux fois 2 000 € ?
Non. Le plafond s'apprécie par foyer fiscal. Un couple marié ou pacsé soumis à imposition commune dispose d'un seul plafond de 2 000 € au taux de 75%. Deux personnes imposées séparément disposent en revanche chacune de leur propre plafond.
Que se passe-t-il si je donne plus de 2 000 € ?
La fraction supérieure à 2 000 € ouvre droit à une réduction de 66%, dans la limite de 20% du revenu imposable. Ce basculement est effectué par l'administration, sans démarche du contribuable. L'éventuel excédent est reportable sur les cinq années suivantes.
La loi Coluche est-elle un crédit d'impôt ?
Non, il s'agit d'une réduction d'impôt. Elle vient diminuer l'impôt dû, sans pouvoir le rendre négatif : un foyer non imposable ne perçoit aucun remboursement. La transformation du dispositif en crédit d'impôt, débattue au Parlement fin 2025, n'a pas été retenue.
Peut-on cumuler la réduction d'impôt sur le revenu et celle d'IFI pour un même don ?
Non. Un même versement ne peut ouvrir droit qu'à une seule des deux réductions. Un donateur redevable de l'IFI peut en revanche fractionner ses dons pour utiliser les deux enveloppes, sous réserve que chaque organisme figure dans la liste éligible au régime concerné.
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