Une note interprofessionnelle du 24 juillet 2026, rendue publique à la mi-août, rapporte que la direction générale du Trésor a fait savoir aux fédérations professionnelles qu'une catégorie de fonds « ne devrait plus être éligible » au plan d'épargne en actions (PEA). Sont concernés les fonds qui recourent à un contrat d'échange pour s'exposer aux marchés situés hors d'Europe. En pratique, les ETF (exchange traded funds) synthétiques répliquant le MSCI World, le S&P 500 ou le Nasdaq. La mesure serait portée par le projet de loi de finances (PLF) pour 2027. Le parc atteint 7.3 millions de PEA à fin 2025, dont une part indéterminée détient ces supports. Aucun texte n'est publié à ce stade, et rien n'est voté.
Ce qu'il faut retenir
- Tant que le PLF 2027 n'est pas voté, vendre revient à anticiper une mesure dont ni le périmètre ni les modalités de transition ne sont arrêtés.
- Le risque porte sur les fonds, pas sur l'enveloppe. L'antériorité fiscale, le plafond de 150 000 € et l'exonération d'impôt sur le revenu après cinq ans ne sont pas dans le champ du débat.
- L'arbitrage interne au PEA est gratuit, la sortie ne l'est pas. Cette asymétrie doit guider toute réorganisation de portefeuille, avant comme après le vote.
- La comparaison entre enveloppes ne se réduit pas au taux affiché. L'écart de prélèvements sociaux, 18.6% sur le PEA contre 17.2% en assurance vie, peut être absorbé par les frais de gestion sur unités de compte.
- La diversification géographique se pilote globalement. Une exposition mondiale logée hors du PEA reste une exposition mondiale : son rendement net dépend de la tranche marginale d'imposition, de l'horizon et de l'objectif poursuivi.
Ces éléments sont arrêtés au 24 août 2026. Ils seront actualisés au dépôt du PLF 2027, puis après le vote. Ils constituent une information générale et ne valent pas conseil en investissement.
Ce qui est envisagé et ce qui n'est pas décidé
- 14 mai 2026 : le sénateur Hervé Maurey interroge le gouvernement sur l'éligibilité de ces fonds au PEA (question écrite n° 8783, JO Sénat). Elle reste sans réponse publiée au Journal officiel.
- Juin 2026 : Bercy confirme, selon la presse économique, que ces fonds restent éligibles dès lors qu'ils détiennent effectivement un portefeuille d'actions européennes conforme.
- 24 juillet 2026 : une note commune des organisations professionnelles de la gestion d'actifs, des marchés financiers et des banques (AFG, AMAFI, FBF, France Post-Marché) rapporte la position de la direction générale du Trésor, selon laquelle ces fonds « ne devraient plus être éligibles ». Les quatre organisations demandent une clause de « grand-père », qui préserverait les parts déjà détenues.
- Mi-août 2026 : la note est rendue publique et relayée par la presse économique.
- Fin septembre 2026 : présentation attendue du PLF 2027 en conseil des ministres. Le dépôt au Parlement doit intervenir au plus tard le premier mardi d'octobre, pour un vote en décembre et une application visée au 1er janvier 2027.
À ce stade, il s'agit d'une orientation de l'administration, pas d'une disposition législative. Le Parlement peut amender le texte, en décaler l'entrée en vigueur ou retirer la mesure. L'intention affichée est de recentrer le PEA sur le financement des entreprises européennes.
Pourquoi un ETF S&P 500 pouvait loger dans un plan d'épargne en actions ?
La règle des 75% d'actions européennes
Un fonds n'est éligible au PEA que s'il emploie plus de 75% de son actif en titres éligibles. Il s'agit pour l'essentiel d'actions de sociétés ayant leur siège dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen. Ce quota doit être respecté en permanence. Il devrait mécaniquement exclure tout fonds exposé aux marchés américains ou émergents. Des dizaines de produits y échappent pourtant depuis des années, en toute légalité.
Le mécanisme du swap
Le fonds achète réellement un panier d'actions européennes. Il respecte donc la règle des 75%. Il conclut ensuite un contrat d'échange, ou swap, avec une contrepartie bancaire. Ce contrat troque la performance du panier européen contre celle de l'indice visé. L'épargnant perçoit la performance américaine, tandis que le fonds reste européen sur le papier. L'exposition dépend donc de l'engagement de cette banque : en cas de défaillance, le fonds supporte un risque de contrepartie, limité par la réglementation européenne des fonds qui plafonne l'exposition à un même établissement.
Ce montage dérange pour une raison simple : l'argent des épargnants ne finance pas économiquement les entreprises européennes. Il faut distinguer deux familles d'ETF. L'ETF à réplication physique détient réellement les titres de l'indice qu'il suit. L'ETF à réplication synthétique passe par un swap. Seuls les seconds, exposés hors d'Europe, seraient concernés par la mesure envisagée.
Comment savoir si votre PEA contient des ETF synthétiques
La vérification tient en trois étapes :
- Ouvrez la liste de vos positions dans l'espace client de votre PEA.
- Repérez les fonds dont l'intitulé contient World, S&P 500, USA, Nasdaq, Emerging Markets ou ACWI, l'indice monde tous pays.
- Consultez le document d'informations clés (DIC) de chaque fonds concerné et cherchez les mentions « réplication synthétique », « swap » ou « exposition indirecte ». La mention « réplication physique » signifie que le fonds n'est pas visé. Ce document est obligatoire et téléchargeable sur le site de l'émetteur.
Le périmètre reste circonscrit. D'après des données Morningstar citées par la presse économique en août 2026, une cinquantaine de produits seraient visés, pour 26.5 milliards d'euros d'encours : une petite vingtaine d'ETF pour 13.27 Md€, et une trentaine d'autres fonds, dont de nombreux fonds monétaires, pour 13.25 Md€.
Ne sont pas concernés, quel que soit le scénario retenu :
- les ETF sur le CAC 40, le Stoxx Europe 600 ou le MSCI EMU, qui suit les actions de la zone euro ;
- les actions européennes détenues en direct ;
- les fonds classiques investis en actions de la zone euro ;
- les ETF à réplication physique sur indices européens.
Les trois scénarios possibles au 1er janvier 2027
Le précédent invoqué par la profession remonte au 21 octobre 2011. À cette date, les SIIC ont cessé d'être éligibles au PEA, en application de l'article 8 de la loi de finances pour 2012. Une clause de « grand-père » avait alors été retenue : les titres déjà inscrits sur le plan pouvaient y rester. C'est l'argument central de la note commune du 24 juillet 2026.
Un point de vigilance subsiste. Même avec une clause de « grand-père », les fonds concernés perdraient leur collecte via le PEA. Privés de flux entrants, certains pourraient être fermés ou fusionnés par leurs émetteurs, ce qui provoquerait une sortie du plan par une autre voie.
Ce que la mesure changerait pour votre épargne
Le coût fiscal d'un arbitrage forcé
Un PEA de plus de cinq ans reste exonéré d'impôt sur le revenu sur les gains. Seuls les prélèvements sociaux sont dus au retrait, au taux de 18.6% depuis le 1er janvier 2026. Ce taux intègre le relèvement de la contribution sociale généralisée (CSG) voté en loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Un transfert de l'exposition mondiale vers une autre enveloppe change nettement cette équation.
L'assurance vie conserve des prélèvements sociaux à 17.2%, contre 18.6% sur le PEA et le compte-titres. Elle supporte en revanche des frais de gestion sur unités de compte, de l'ordre de 0.5% à 0.8% par an, ramenés à 0.3% sur les contrats en ligne les mieux tarifés. Sur un horizon long, ces frais pèsent davantage qu'un écart de 1.4 point de prélèvements sociaux.
La perte de l'antériorité du plan
L'erreur à éviter ne relève pas de l'arbitrage, mais de la panique. Un PEA vidé ou clôturé fait perdre définitivement l'antériorité fiscale acquise. Un retrait avant le cinquième anniversaire entraîne d'ailleurs la clôture du plan, hors cas de déblocage prévus par la loi (licenciement, invalidité, mise à la retraite anticipée, création ou reprise d'entreprise). À l'inverse, vendre un ETF pour en acheter un autre à l'intérieur du PEA n'a aucun coût fiscal.
Dans les scénarios connus à ce jour, c'est le fonds qui deviendrait inéligible, pas l'enveloppe. Aucun d'eux ne remet en cause l'existence du plan ni l'antériorité fiscale acquise.
Cinq réflexes à adopter dès maintenant
- Ne vendez rien dans l'urgence. Aucun texte n'est voté ; céder aujourd'hui revient à décider sur la base d'une simple orientation administrative.
- Faites l'inventaire de votre plan. Le test en trois étapes permet de chiffrer la part réellement exposée, souvent inférieure à ce que l'on imagine.
- Ouvrez un PEA sans attendre, même avec 100 €, si ce n'est pas déjà fait. Le délai de cinq ans court à compter du premier versement, ce qui suppose d'alimenter le plan, quel que soit le sort réservé aux ETF synthétiques.
- Préparez un plan de repli pour l'exposition mondiale, sans l'exécuter avant le vote du budget.
- Suivez le calendrier budgétaire. La présentation du PLF fin septembre puis le vote en décembre constituent les deux échéances décisionnelles.
Les alternatives au PEA pour l'exposition mondiale
Quatre voies coexistent si l'exposition internationale devait sortir du PEA. L'assurance vie constitue l'alternative la plus directe. Les ETF mondiaux y sont accessibles en unité de compte, avec une fiscalité allégée après huit ans. S'y ajoute un abattement successoral de 152 500 € par bénéficiaire pour les versements effectués avant 70 ans.
Le plan épargne retraite (PER) répond à une logique différente. Les versements sont déductibles du revenu imposable, ce qui le rend pertinent à partir d'une tranche marginale d'imposition (TMI) de 30%. La contrepartie tient au blocage des sommes jusqu'à la retraite, hors cas de déblocage anticipé.
Le compte-titres ordinaire n'impose aucune contrainte d'univers ni de plafond, mais taxe les plus-values à 31.4%. Reste enfin le PEA lui-même : les ETF actions européennes y demeureraient pleinement éligibles. Le choix des supports se raisonne alors au niveau du patrimoine global, et non enveloppe par enveloppe.
Questions fréquentes sur les ETF synthétiques en PEA
Un ETF MSCI World sera-t-il vendu d'office ?
Un ETF MSCI World ne serait pas vendu d'office à ce stade. Aucune disposition ne prévoit de cession automatique par l'établissement teneur de compte. Les deux hypothèses en discussion sont la conservation des parts existantes sans nouvel achat possible, ou une cession étalée sur un délai d'au moins deux ans.
Le PEA lui-même est-il menacé ?
Le PEA lui-même n'est pas menacé. La mesure envisagée porte sur l'éligibilité de certains fonds, pas sur l'existence de l'enveloppe. L'antériorité fiscale, l'exonération d'impôt sur le revenu après cinq ans et le plafond de versement restent inchangés.
Les ETF sur le CAC 40 sont-ils concernés ?
Les ETF sur le CAC 40 ne sont pas concernés. La mesure viserait uniquement les fonds exposés hors d'Europe via un contrat d'échange. Les supports investis en actions européennes, indicielles ou en direct, conservent leur éligibilité.
Faut-il vendre avant le 1er janvier 2027 ?
Vendre avant le 1er janvier 2027 n'a pas de justification à ce jour. Aucun texte n'est publié et le scénario le plus défendu préserve les positions existantes. Une cession anticipée revient à arbitrer sur une hypothèse non confirmée.
Comment savoir si un ETF est synthétique ?
Pour savoir si un ETF est synthétique, il faut consulter son document d'informations clés (DIC). Les mentions « réplication synthétique », « swap » ou « exposition indirecte » identifient un fonds visé. La mention « réplication physique » indique au contraire un fonds détenant réellement les titres de l'indice. Le choix entre ces deux modes de réplication fait partie des critères à examiner pour choisir un ETF.
Le plafond de versement de 150 000 € évolue-t-il ?
Le plafond de versement de 150 000 € n'est pas concerné par la mesure envisagée. Il reste fixé à ce niveau pour le PEA classique. Lorsque le titulaire détient également un PEA-PME, les versements cumulés sur les deux plans ne peuvent excéder 225 000 €.
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